Stalingrad au Caliente 24/O2/07 Valence
Les
habitants de Valence répondent au doux nom de Valentinois. Une délicate
appellation suggérant flâneries romantiques sur les rives du Rhône
parachevées par un dîner chez bien sûr Anne Sophie Pic, récemment
intronisée dans le cercle restreint des triple étoilés.
Mais le rêve s'arrête là. Car Valence a faim.
"
Ville de morts ! " hurle David, tatoueur de son état, alors que
la maréchaussée vient d'écourter le set séminal
des Bruxellois Périphérique Est.
Dans l'exigue rhumerie Le Caliente, ils sont près d'une centaine à
s'entasser, affamés de frissons binaires. Pour cela, ils ont acquitté
leur droit d'entrée sans barguigner et ainsi soutenu la cause des dynamiques
associations Rutabaga Connexion et Oddball Produkt qui tentent de perturber
la léthargie locale.
Parce que Valence dort dès 21 heures sonnées, que voisins et rondes
de police traquent le décibel sauvage, et qu'il devient de plus en plus
ardu de se faire entendre dans tout ce silence.
De la taille d'un mouchoir de poche, la scène accueille difficilement le matériel pourtant sobre des deux groupes. Tout mouvement brusque constitue un attentat à la personne d'autrui. Néanmoins ça va bouger. Et suer

A
21h 45, Stalingrad investit le sauna et tire ses premières bordées
électriques depuis la sortie de " Loseland ". Tendu sur les
quatre premiers titres of course, le groupe se relâche à partir
de " Surtout pas s'en mêler " et mitraille stoïquement,
happant péniblement quelques bouffées d'oxygène. Les hochements
approbateurs de Jean Claude en façade nous font comprendre que nous sommes
dans le vrai.
Tuborg, pieds vissés sur l'estrade, donne du poids à ses mots
via une gestuelle ad hoc. Derrière lui, comme écrasé dans
une Vierge de Nuremberg, Lemmy riffe cruellement et délivre des interprétations
de " Fugitif " et " Six milliards d'ennemis " suscitant
l'ovation. Insensible à la température, Jean Marc matraque euphorique
un tempo d'adolescent hyperactif. Quant à moi, pork pie hat sur le crâne,
je suis tellement galvanisé par ces Valentinois et Valentinoises reprenant
nos refrains qu'ils ne connaissaient pourtant pas, que je double à l'unisson
les vocaux de Tuborg. Ce soir, " Ne lâche rien ", " Les
vieux punks " et " Je sauve le monde " prennent des allures d'hymnes,
du moins dans ma pauvre tête d'éternel naïf.

Ensuite,
Périphérique Est prend le relais, enchaînant des brûlots
orgasmiques estampillés 77 sans même prendre le temps de se désaltérer.
Sec et nerveux, coloré par le son des amplis Vox, le répertoire
est une jubilatoire machine à pogo.
Auparavant au catering, ces belges volubiles épaulés par Fred
(également guitariste d'Opération S) nous ont régalé
d'anecdotes sur leur showbiz national.
Là, dans la fournaise, noyés par leur sueur, ils nous gratifient
de vignettes punks telles que " Dératé ", " Système
D " ou " Rock d'ici ". Je saute en l'air en permanence, oubliant
mes rotules flinguées, hydraté par la bière glacée
qui a un degré de plus que l'eau.
Après
l'ultimatum des pandores (oh, il ne manquait que quatre chansons somme toute),
Fred passe aux platines et offre un bouquet de singles punks incunables et francophones,
repris en chur par les plus érudits.
Quelle nuit !!!

On
se souviendra de Valence, de l'accueil généreux de Vivien et ses
comparses et de la chaleur de ce public à forte densité féminine.
(Lemmy gardera à jamais dans la rétine l'image de la superbe brune
qui viendra le féliciter après le set ; Tuborg et moi décernerons
la palme à une blondinette aux bras tatoués de roses, serrée
de près on le comprend, par son copain tatoueur au look éblouissant).
Au matin, passant devant le temple d'Anne Sophie Pic, on comprend qu'avoir faim
ne signifie pas forcément perdre le goût.
Valentinois, Valentinoises, merci encore, merci pour tout

Thierry
Tuborg en grande conversation avec Jacky et Fred de Périphérique
Est