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EXTRAIT
DU LIVRE "BORDEAUX ROCK(S)", de Denis Fouquet (éd.
Castor Astral, 2007)
STALAG
: Casse-couilles, capricieux, Kro-addicts... Mais Keupons Collectors
!
Suite au séisme punk de Mont-de-Marsan 1977 qui avait réuni
les Clash, Jam, Eddie & The Hot Rods, Dr Feelgood, les Boys, les
Rings, les Maniacs et Police (encore épinglés à
leur nourrice), le Sud-Ouest a vu éclore ses premiers groupes
"keupons". Plutôt ancrée au Pub Rock, la génération
ST bordelaise de la fin des 70's, Strychnine en tête, bouta les
"vieux fûts" de la pop planante hors des docks de la
Lune. Emule de leurs (jeunes) aînés, Stalag, un combo de
gamins agités mi-loubards mi-étudiants, mordit un peu
plus fort encore le dos de la bête. Accompagné d'une nuée
de sauterelles à crêtes oranges et d'insectes nocturnes
au cuir clouté, Stalag a défrayé la chronique des
faits divers, de Bordeaux à Fumel, et défriché
le terrain nu du "real rock" à la française.
A leur tête, Thierry Tuborg, un Joe Strummer né à
Paris qui n'a jamais mis sa langue dans la poche... Descente en apnée
au coeur de ces années "collectors"...
Tout commence au printemps 1978 lorsque Kick, chanteur de Strychnine
ami de Thierry (Heinenken à l'époque), lui présente
deux de ses potes, l'un bassiste, l'autre batteur : Richard Brousse
et Jean de Rivière. Manquait plus que le gratteux ! Suite au
passage éclair de Chinoi (sondier de la grande époque
Mano Negra) à ce poste, jugé trop âgé et
technique, Vincent "Tungstène" Simonacci, étudiant
de Dordogne, est recruté après avoir travaillé
dur pour impressionner ses examinateurs. L'audition d'une première
maquette faillit être fatale au combo, mais le véritable
coup dur est porté un peu plus tard lorsque Richard, pilier de
l'entreprise, quitte Stalag pour rejoindre Strychnine. Le sauveur sera
Raymond Belliard, alias "Beber" et "Magic Ray",
roadie des Standards au look inoubliable sur lequel flashèrent
nos trois compères. Selon la légende, Beber, qui possédait
une superbe basse dont il n'avait jamais joué de sa vie, enquilla
le répertoire en quelques jours. Le quartet commence réellement
là sa carrière de groupe précurseur du punk rock
à la française, sous l'hymne "T'es pas un bon à
rien, ancêtre de Pétain, tu ressembles à ton père,
la connerie c'est héréditaire... Haou !"
Face à l'image de bons branleurs qu'ils dégagent au premier
degré, tranchent les propos engagés, le son et l'atmosphère
sacrificielle de leurs concerts dans lesquels la société
est passée au hachoir. Stalag bosse dur et Thierry rode déjà
la plume vivace qu'on lui connaît, avec des cibles privilégiées
comme le parisianisme de bon ton (visé sur le morceau "Dernier
Cri"), la société et les laissés pour compte
("Les Fusils"), les fils à papa ("L'étudiant")
et les interdits ("Sauf Nécessité" et "Désirs
télévisés")... Cet engagement les situe davantage
dans la lignée des Clash que des Pistols. Préfigurant
l'époque Camera Silens, les nombreux fidèles de ce combo
d'allumés scandent ces paroles face à la scène
en pogotant. Dans cette mouvance teufarde et destroy se retrouvent les
punks occasionnels, étudiants d'Archi et des Beaux-Arts amoureux
d'Andy Warhol, et les plus authentiques, plus chatouilleux de la castagne.
Ces derniers alimentent la face la plus sombre du groupe. Stalag devient
identifiable pour les institutions qui nomment cela "troubles à
l'ordre public". Certains concerts sont annulés en prévention.
C'est autant les excès que l'ultra-réalisme du message
révolutionnaire qui font de Stalag un groupe historique. Les
traces de leur verve précoce sont audibles sur le 45 tours aujourd'hui
collector "Date Limite de Vente" et sur quelques compiles
sauvages [depuis octobre 2007, 33 tours "Dernier Cri" chez
memoireneuve.fr]. Mais Stalag se déguste surtout en live. Ils
totaliseront plus d'une centaine de dates, ce qui n'est pas négligeable
pour un groupe de l'époque ! Cette activité, ils la doivent
en grande partie au travail de Boogie Production, boîte dirigée
par Richard Berthou et Fabrice Fay dont sont issues les fameuses tournées
Bordeaux Rock (Stalag, Standards, STO).
Stalag traîne une image d'ados casse-couilles et capricieux qui
ne parviennent pas à dépasser le stade des premières
parties : pas facile de faire tourner un groupe aussi instable ! Leur
manager, prêt à sacrifier un concert ou deux pour quelques
perles, tente le forcing auprès de quelques producteurs zélés
comme Marc Zermati. De ces tentatives parisiennes seul Etienne Roda-Gil,
séduit, accepta de filer un coup de main pour un pressage gratuit
de mille exemplaires. Accompagné des classiques tensions de fin
de parcours, le management de Stalag finit par céder sous le
poids des galères. L'annonce officielle du split se fit lors
d'un concert bordelais avec les Standards et les Dogs. Le groupe se
délita peu à peu jusqu'à un dernier gig au lycée
Montesquieu, organisé par un certain Bertrand Cantat. Un point
de suspension emblématique est mis à cette époque
lorsqu'en janvier 1982, à l'amphi B400 de la fac de Lettres,
Stalag, après avoir annulé, fut remplacé par un
jeune groupe nommé Noirs Désirs [c'était au pluriel
à l'époque].
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