STALINGRAD
- Journal de la dernière aventure
(par Thierry "Punky" Saltet)
(photos © Marc Ginot)
JUIN 2004
Dans
les locaux de Divergence FM (la radio montpelliéraine), Thierry
Tuborg, ex-chanteur du cultissime groupe Stalag
et écrivain maudit, envisage une collaboration avec Thierry Saltet, acteur
et mémorialiste des années sauvages montpelliéraines. Le
projet est un EP quatre titres d'inspiration
ramonesque et stoogienne.
Les rôles sont clairement définis : Tuborg chante et écrit,
Saltet compose et tient la basse. Aucune perspective scénique n'est envisagée
à ce stade du projet.
JUILLET
2004
Lemmy, fan indécrottable de Motörhead et comparse de Thierry Saltet
depuis leur adolescence bruyante, accepte de tenir la guitare et s'investit
dans le projet. A l'aide d'une boîte à rythme on ne peut plus sommaire,
le trio compose quatre titres at home : Tes six milliards d'ennemis,
Rock'n'roll Nymphette, Les vieux punks (finissent
toujours par payer) et Fugitif.
AOUT
2004
La
structure rigide initiale se voit sans cesse remise en question. Deux titres
sont d'abord ajoutés :
Coupables
(une cover d'un titre obscur de Stalag) et Surtout
pas s'en mêler.
Le projet de EP quatre titres évolue donc vers un MINI-ALBUM. Puis Tuborg
et Lemmy interviennent dans la composition alors que Saltet fait de même
dans les lyrics. La possibilité de jouer live est évoquée.
Dès lors, même si personne n'ose encore se l'avouer, il
s'agit bien d'un nouveau groupe,
dont les répétitions sont prévues à la rentrée
dans les locaux de la TAF.
SEPTEMBRE 2004
Jean-Marc
Aunay, batteur légendaire du rock local, en fonction dans les Staccatos
avec Thierry Saltet (standards garage sixties), prête main forte au trio.
Tuborg obtient la reconnaissance littéraire via un contrat d'édition
au Serpent à Plumes. Profitant de cette opportunité inattendue,
le groupe se baptise à cette époque Thierry Tuborg et la Malaria.
OCTOBRE
2004
Début
des répétitions à la TAF. Euphoriques mais studieuses,
ces sessions cimentent les relations et affûtent le court répertoire
auquel est ajouté Euthanasie
des Olievensteins.
Les Staccatos étant dissouts, Jean-Marc Aunay intègre définitivement
le combo.
NOVEMBRE
2004
Enregistrement
d'une pré bande live au local par Yahn, bricolo du son bien allumé
et joueur de badminton confirmé. Garagissimes, les dénommées
Badminton
Tapes
permettront toutefois d'asseoir définitivement les compositions, alors
que l'urgence du studio commence à se faire sentir.
DECEMBRE
2004
Le
studio est enfin choisi. C'est Hole, guitariste de Eyeless (Metal), qui officiera
aux manettes dans ses récentes installations du studio
Trendkill.
Le fait d'enregistrer avec un musicien au son (qui plus est membre d'un groupe
pratiquant l'extrême énergie) permet d'éviter les pièges
habituels.
Les sessions sont réservées pour le premier week-end de janvier.
La Malaria répète d'arrache pied et inclut Carolus
d'or
de Stalag
à son répertoire.
JANVIER 2005
Début
d'année pied au plancher. Lemmy et Thierry Saltet enregistrent une bande
témoin au métronome chez Yahn Badminton, canevas pour l'enregistrement
au studio Trendkill. Les sessions chez Hole se déroule de façon
(presque) idyllique. Six titres sont mis en boîte en deux jours seulement.
Humainement, c'est l'osmose. Le calme olympien de Hole et de son associé
Mat estompe les tensions. Ces
lascars savent comment faire sonner un groupe de rock'n'roll
et c'est avec une admiration certaine que les quadras du punk sudiste remettent
leur âme entre leurs mains. Le mixage, fin janvier, n'est certes pas parfait,
mais Hole préconise un délai d'écoute avant toute retouche.
Amen
Tuborg quant à lui retourne à Bordeaux en vainqueur et tâte
de la scène lors d'une reformation
éclair de Stalag devant 800 personnes,
au théâtre Barbey, à l'occasion de la sortie de la compilation
Bordeaux rock 77-87.
FEVRIER
2005
Remix
définitif ou comment Hole et Mat effacent les doutes en moins d'une demi-journée.
Reconnaissance éternelle, à tatouer sur l'avant-bras. Trendkill
forever
Les répétitions se poursuivent avec de nouvelles chansons : Ne
me touchez pas,
Demain je
sauve le monde
(très Sheriff), et Que
va penser Patrick Eudeline de nous.
Question bizness, Il est envisagé de faire écouter la bande à
Jean-Claude Savy de JULIE RECORDS (Freddy Lynxx, Kevin K, Jeff Dahl).
MARS
2005
Jean-Claude
Savy écoute donc l'enregistrement et l'embarque afin d'assurer sa décision.
C'est donc autour d'une table que les quatre parties (BE FAST, JULIE RECORDS,
Tuborg et Saltet) se réunissent pour tomber d'accord sur la parution
d'un CD 6 titres à la rentrée 2005. Cependant, le nom Thierry
Tuborg et La Malaria ne convient pas aux décideurs. Pas assez représentatif
du groupe.
STALINGRAD
est choisi, réminiscence de Stalag of course, mais aussi des fameux ST
bordelais de la fin seventies, inspirés des ST des STooges, STones, STandells,
remarquez au passage que l'ex-combo d'Aunay et Saltet se nommait les STaccatos...
Puis : "
Si
ça continue ça va tomber comme à Stalingrad "
est une réplique mythique du film Les Tontons Flingueurs ; Stalingrad
est une station de métro parisienne voisine d'Oberkampf ; quant
à la bataille éponyme
n'en jetons plus, vendu. JULIE et
BE FAST prévoient des concerts pour la rentrée, notamment le concert
de sortie du CD naturellement prévu à la TAF. On envisage même
une mini-tournée promotionnelle automnale. Le photographe Marc Ginot
shoote le groupe avec talent et Yves Haller (BE FAST) se propose de réaliser
l'infographie.
IT'S ALIVE !!!
AVRIL
2005
Thierry
Saltet va se ressourcer en Corse et revient avec deux nouvelles chansons Appelez
la sécurité et Où étiez
vous quand nous étions morts ? Entre temps, la reprise de Stalag
Carolus d'or a été abandonnée,
jugée désuète et beaucoup trop mid tempo. Le groupe travaille
donc les compositions récentes, impatient de pouvoir assurer le répertoire
requis pour se jeter à la scène.
Le mastering du CD a été confié à Cédric,
dont le studio vient d'être installé dans les locaux même
de la TAF. Quelques divergences d'opinion bien sûr, d'aucuns trouvant
les fréquences basses envahissantes, d'autres recherchant la puissance
brute via le dumping, mais tout le monde demeure d'accord concernant l'optique
et uvre dans le bon sens. Yves Haller réalise une PAO du recto
de pochette qui force l'adhésion, quant à Jean-Claude Savy, impérial,
il mène la barque avec rigueur et dextérité, planifiant
la finalisation matérielle du projet pour juin.
MAI 2005
Après moult indécisions et atermoiements, Be Fast, Julie Records et Stalingrad choisissent un mastering de Cédric Castel (qui a dû en effectuer quatre). Yves Haller met la touche finale à la pochette et livre un travail somptueux, risquant à lui seul de provoquer l'achat de l'objet chez les gens de goût. Le groupe répète la liste du futur set et Tuborg, entre deux salons littéraires, contacte Patrick Eudeline par e-mail pour lui demander les lyrics de " Planté comme un privé " classique d'Asphalt Jungle. Cette reprise est incluse dans le répertoire pour être logiquement enchaînée à " Que va penser Patrick Eudeline ".
JUIN
2005
Jean-Claude
Savy est en mesure d'envoyer le projet définitif à la gravure.
Cependant, des problèmes de formatage causent hélas de nouveaux
retards. Des retouches sont nécessaires mais l'intervention de Madame
Savy herself s'avère déterminante (Mega thanks Anne-Marie !).
Le groupe, quant à lui, ajoute une nouvelle composition à la set
list : " 45 degrés de haine ",
ultra speedé et chanté par Thierry Saltet.
Alléluia
! Gloire à Julie Records !
L'objet tant désiré est enfin arrivé !
500 exemplaires sous blister attendent vos mains avides.
SEPTEMBRE/OCTOBRE
2005
Premiers
envois promo du disque, calage des dates des concerts de novembre. On commence
à parler de Stalingrad dans les forums rock sur le net, les premiers
papiers dans la presse et les fanzines sont en préparation.
Premier concert, en ouverture de KEVIN K à Nîmes (La Movida), le
14 octobre 2005. Les affres ont rapidement fondu, tutti va bene, Stalingrad
est fin prêt pour la scène ! Kevin K ne pouvait pas croire
qu'il s'agissait du tout premier concert du groupe. Il a déclaré
: "Stalingrad est un groupe très confortable !"
Rendez-vous en novembre pour quelques dates à Toulouse, Bordeaux, Narbonne,
Montpellier.
NOVEMBRE 2005
"Valses viennoises et Robert Plant" par Thierry Saltet (10, 11 & 12 novembre, on the road)
10 Novembre 2005 Bar L'Autan Toulouse
Un
van Mercedes orange.
Dès que le moteur donne des signes de surchauffe, il est paradoxalement
recommandé de pousser le chauffage intérieur à fond et
d'ouvrir la vitre jusqu'à ce que l'aiguille retrouve son calme. Jean-Claude
Savy, boss de Julie Records, effectuera cette manuvre mille kilomètres
durant sous les ordres de Michel le chauffeur, un baroudeur attiré par
l'aventure en milieu inconnu. Tassé sur les banquettes, le groupe envoie
des vannes régressives.
Arrivée dans la ville rose. L'Autan a du cachet, c'est le moins qu'on
puisse dire : déco murale constituée pêle-mêle de
vieilles pendules, de plaques de pub métalliques fifties, de photos punks
et d'affiches de concerts. Jean Paul, un colosse piercé tatoué
y a servi sept ans avant d'en devenir gérant. Ici, pas de frime ni de
paroles inutiles. Plus qu'une affaire de cur, L'Autan est une cause.
Stalingrad investit la petite scène à 20 h 45, le concert devant
expirer avant 22h pour de sombres raisons de voisinage, air malheureusement
connu. La faune est bigarrée, des personnages de Dickens côtoient
des keupons activistes. Set serré, rapide et nerveux, dopé par
la sono impeccable assurée par Yves et Pierro d'Openightmare. Le public,
peu bruyant mais impliqué, adresse des sourires de sympathie au groupe
en restant motté devant l'estrade. Après la prestation, beaucoup
viendront discuter, notamment Eve, la délicieuse journaliste de Rock
Sound. Yoann, batteur des surprenants Brassens Not Dead, hébergera l'équipe
après avoir mitonné un repas de chef. Il embarquera ensuite Tuborg
pour une virée noctambule qui les laissera exsangues aux morsures de
l'aube.
11
Novembre 2005 Bar Le Fiacre Bordeaux
" Réveil tragique succède à un sommeil sans rêves
"
Mais le timing est plus que généreux, ce qui donne l'occasion
de rallier Bordeaux par la nationale à un train de sénateur. Quelques
flashes surréalistes en bord de route. On retiendra cet arrêt de
bus dans un village perdu, tapissé de deux affiches : "Valses Viennoises"
et "Robert Plant". Noces oniriques en campagne girondine.
Bordeaux a bien changé, pense Tuborg, sentant monter la pression en entrant
dans sa ville natale pour ses retrouvailles scéniques. Plus de vingt
ans déjà.
Situé dans le quartier de la cathédrale, Le Fiacre a de la classe.
Des jeunes femmes élégantes y dégustent un thé sous
les portraits encadrés de Brel, Morrison, Cantat et le poster de Stalingrad.
Maître des lieux, Sébastien Potet contraste en dispensant sa verve
héritée d'Audiard. La salle est en sous-sol, escalier en colimaçon,
cave voûtée, scène exigue.
Le groupe répond aux questions pertinentes du fanzine L'Oreille Cassée.
Ensuite, repas au restau avec le staff et l'excellent couple Eudelinien Patrick
Scarzello et Lys Reygor. Le sablier s'égrène. Rush à l'hôtel,
atterrissage sur scène.
Contrairement à la veille, le public est démonstratif. Lemmy sera
ovationné pendant son solo sur " Fugitif ". Des inconnus m'interpellent
par mon nom. La prestation est euphorique. Je m'adresse au parterre entre les
morceaux car Tuborg a la gorge nouée par l'émotion. Au rappel,
Patrick Scarzello nous rejoint pour interpréter " Le dernier des
tailleurs de pierre ", titre extrait de son précédent album.
Après
Pelforth brunes et discussions avec les artisans de la scène
bordelaise, ex Strychnine, néo Standards, ST ST ST, la tradition se perpétue.
Juste un souhait : revenir à Bordeaux.
12 Novembre 2005 Retour
Back
in the van. Les vannes fusent, grivoises, scatos, niveau CE1. Ambiance colo.
Le concert de Montpellier du 26 se profile et cette escapade permettra de l'aborder
avec plus de sérénité. Après six heures de bitume,
la jauge devient folle et induit Michel en erreur. Panne d'essence à
l'entrée de Gigean. Il n'y a pas de tournées, si infimes soient
elles, sans galère. L'axiome ne ment pas. Rien de grave, la station service
n'est pas loin, ce sera juste une anecdote de plus à collectionner. Ce
petit périple a resserré les liens et débarrassé
notre cerveau des toiles d'araignées du quotidien.
Jusqu'à quand ? Rien à foutre.
Il pleut sur Montpellier et putain, je crois que nous sommes heureux
Montpellier (salle TAF) Samedi 26 novembre 2005
" Lorsque Hutter arriva au château, les fantômes vinrent à sa rencontre " (Légende du Nosferatu de Murnau).
Rendez-vous
à la Secret Place avec dans les viscères tout le stress qu'implique
un concert dans sa propre ville. Bad news, Jean-Marc est grippé. Chargé
au paracétamol, il escompte néanmoins maltraiter ses peaux. On
apprend que le boss Jean-Claude Savy (de Julie Production notre label) est dans
le même état. Sound check polaire effectué bonnet sur le
crâne. Tuborg a des difficultés à s'entendre (et ce n'est
pas l'Alzheimer). Incertitudes et répétitions interminables pour
parvenir à un résultat satisfaisant.
22 heures 45.
Après le set noisy lo-fi des étonnant Marseillais " 25 ",
Stalingrad monte au front.
Mais le facteur sonne toujours deux fois. La sangle de Lemmy se décroche
en pleine vérification d'accordage et sa Gibson Les Paul embrasse le
béton, lésant une mécanique et la rendant inutilisable.
Le guitariste de " 25 " propose aimablement sa Stratocaster. Le public
assiste au psychodrame, quel putain de reality-show !
Mais ça part
Tendus comme des arbalètes, nous assénons
le répertoire à la rage, malgré les vents contraires. Jean-Marc
oublie sa fièvre, Lemmy souffre sur une guitare dont il n'a point l'habitude
mais maintient le cap, Tuborg se débat et essuie une panne de micro.
La tension ne se relâchera qu'après le " Merci bonsoir "
final. Apre soirée.
Pourtant le mal, une fois de plus nécessaire, a renforcé la solidarité.
Malgré la tempête le bateau est rentré au port, même
en godille, ce qui est rassurant pour la suite.
Tandis qu'on remballe, Jean-Claude Savy pavoise : 20 disques vendus dans la
soirée ! Un record à la Secret Place selon le maître des
lieux.
Alors à tous ceux qui nous ont soutenus ce soir-là, méga merci. Sachez que vous méritez mieux et que nous vous le donnerons.
MARS 2006
Montpellier (Antirouille) Vendredi 10 Mars 2006
Tout s'était décidé dix jours auparavant. Stalingrad allait bénéficier d'une date à L'Antirouille montpelliéraine plus tôt que prévu. Cette atmosphère de semi urgence convenait au groupe qui, sortant d'une période de composition, trépignait de tester live ses nouveaux rejetons. De plus, la prestation chaotique de la Secret Place méritait une bonne revanche.
L'ambiance est plus que décontractée. En effet, le confort de l'endroit (scène conséquente, sound check plus que satisfaisant et light show supérieur) gomme les inquiétudes usuelles. Otaké, le puissant quatuor punkore clapasien ouvre les hostilités avec un set serré et sonique. Les élégants bordelais Patrick et Lys Scarzello devaient partager l'affiche, mais cette opportunité ex abrupto les a pris de court. Ce n'est que partie remise.
Lumière
rouge. " Nosferatu " de Art Zoyd en fond sonore. Stalingrad investit
les planches et balance son répertoire agrémenté des derniers
nés, l'instrumental " Stalingrad ", " Je salis tout ",
" Face à mon cadavre ". Le parterre composé de vieux
grognards et d'électrons libres de la nuit binaire apprécie chaleureusement,
mais en toute bienséance. Pas de débordement outre les salves
d'applaudissements, mais un intérêt croissant pour le show qui
expire sur " I wanna be your dog " titre sur lequel Lemmy effectue
un solo héroïque.
Stalingrad concrétise enfin dans sa ville, évènement digne
d'être célébré en éprouvant la générosité
des barmen (qui n'est pas un vain mot à L'Antirouille). Merci donc à
Sergei, Nico et leur team, ainsi qu'à tous ceux et celles qui ont contribué
à cette tranche de vie rock'n rollienne, mention spéciale à
Marc Ginot, of course.
MAI 2006
Montpellier (Rockstore) Mercredi 03 Mai 2006
Première partie des 54 Nude Honeys
La
date tant attendue
Déjà, sur les marches du temple de la rue de Verdun, les divas
japonaises font craquer rien qu'en essayant de prononcer " bonjour ".
Au bar, même Marc Zermati, le sultan du punk, a l'air de bonne humeur
et chambre allègrement sa vieille connaissance Jean Claude Savy.
Yacine, le préposé à la console, réalise un sound
check impeccable tandis qu'excités comme des puces sur un caniche fraîchement
tondu, les Stalingrad tournent en rond en décomptant les minutes qui
les séparent de l'entrée en scène.
Les 54 Nude Honeys dispensant un show concis, il est suggéré d'allonger
le set de première partie. Stalingrad préfère s'en tenir
à ses quarante minutes initiales tout en différant d'une demi
heure le début de sa prestation. Choix judicieux, car le groupe bénéficiera
d'une plus large audience.
Montée en chaire classique, lumière rouge et " Nosferatu
".
Que dire du concert, de ce laps de temps orgasmique pour lequel
enfin.
Ne sombrons pas dans l'autosatisfaction stupide, mais le plaisir est là,
apparemment partagé par un public qui manifeste son approbation. "
Panier de crabes ", dernier opus à tendance hard core conclut le
show, claquant comme une mâchoire de pitbull.
Et puis les filles s'échappent des loges, sanglées dans leur vinyle,
cuisses résillées, engoncées dans des bottes faites pour
marcher sur les dos des esclaves, et sortent les yeux des orbites, frémissent
les paumes d'Adam , s'emballent les palpitants. Elles rient, toujours, même
en envoyant leurs bordées décibelliques.
Après, quelques discussions en anglais de cuisine, encore leurs rires,
du vin rouge, leurs rires encore et damned, que demain paraîtra triste
!
Marseille (Dan Racing) Samedi 20 Mai 2006
Oh,
oh, oh
Dans le Berlingo de Jean Marc/ Jean-Claude est intarissable/ Tuborg ronchonne
dans son coin/ Lemmy pète la calamine/ Punky assume sa nuit blanche.
Oh, oh, oh
Travaux sur la Canebière/ Dénicher le Dan Racing/ Retrouver les
Otaké/ Faire la balance dans la foulée.
Oh, oh, oh
Pizza bière sur la placette/ La serveuse a de beaux seins/ Stalingrad
jouera en premier/ Le public se fait désirer.
Oh, oh, oh
Vingt clampins azimutés/ Des post ados se roulent par terre/ Des quinquas
se tirent le portrait/ Des kids métal secouent leurs crins.
Oh, oh, oh
Les amplis sautent sur leur socle/ Punky sort son jeu de jambes/ Lemmy joue
à Ron Asheton/ Jean-Marc pilonne ses tambours/ Tuborg s'essouffle au
final.
Oh, oh, oh
Otaké sème l'anarchie/ Romuald s'écrase sur le carrelage/
Nans joue toujours hors de scène/ Blitz total et pluie de bière.
Oh, oh, oh
Jean Marc conduit le Berlingo/ Jean Claude est intarissable/ Tuborg ronchonne
un peu moins/ Lemmy crache les flammes du Messerschmitt/
Punky succombe à sa nuit blanche.
Oh, oh, oh
Oh, oh, oh
Oh, oh, oh
(Et sur le coup de deux heures trente du matin, s'envoyant un hamburger dans un Mac Drive dégueulasse, on se dit qu'à nos âges canoniques, faire trois cent bornes pour jouer du punk devant vingt pélucres sans ramener le moindre kopeck est un bel exemple de réussite sociale. No surrender, tous autant qu'on est !!!!)
MAI
à DECEMBRE 2006
LOSELAND making off
Après
le concert marseillais de Mai 2006, Stalingrad s'est consacré à
l'élaboration du futur premier album Loseland. Bien sûr,
dix titres rodés sur scène allaient y figurer, ainsi qu'une version
revisitée et bodybuildée des Vieux punks qui, comme chacun
sait, finissent toujours par payer.
Ces dix chansons, à savoir 45 degrés de haine, Appelez la sécurité,
Face à mon cadavre, Je salis tout, Demain je sauve le Monde, Ne me touchez
pas, Où étiez vous quand nous étions morts, Panier de crabes,
Stalingrad (orchstrumental) et Que va penser Patrick Eudeline avaient
préalablement fait l'objet d'une post-prod aux studios V2, le Vendredi
Saint précisément.
Ce
fut une journée intense et stakhanoviste au cours de laquelle nous réalisâmes
trois à quatre prises live de chaque titre avant de faire un choix et
lâcher Lemmy pour ses overdubs. Puis il a fallu éructer dans les
micros et mixer à l'arrache sous la houlette de Dad, le grand timonier
du lieu, impressionnant d'efficacité et d'implication. Douze heures fissurées
d'une chétive pause, le temps d'avaler un bad burger, pour enfin conclure
que Loseland devait transpirer la même urgence. Et de vouer le
métronome aux gémonies ainsi que les prises séparées
qui confèrent souvent un coté académique à tout
ce qui ne souhaite être qu'un brûlot punk. Se faire enfin confiance
et prendre des risques.
Loseland avait désormais une ligne de conduite.
Mais onze chansons semblaient bien insuffisantes pour un album, surtout quand la plus longue excédait à peine trois minutes tandis que la plus brève éjaculait en une minute trente. C'est donc durant la trêve estivale que Stalingrad s'est remis à composer trois titres supplémentaires. Il y avait bien sûr Ne lâche rien dans le réservoir, une tournerie de Lemmy au refrain fédérateur, mais dont les arrangements sommaires et bancals méritaient une révision complète. Il y eût donc L'arbitre des élégances dont les ouh ouh très seventies firent essuyer une larmette au vieux Jean-Claude de Julie Records. Puis Lemmy apporta un nouveau blitz ultra speedé provisoirement baptisé Rouge qui à la rentrée devint Silence et que Tuborg concéda à mes cordes vocales.
Rentrée
studieuse donc, la deadline étant début Décembre. Il restait
deux mois pleins pour polir, patiner, vitaminer voire relifter les quatorze
élues. Entre temps, l'antédiluvien fanzine Rock Hardi avait
sollicité deux titres inédits pour sa compilation et le groupe
avait donné Je salis tout et Eudeline extraits des sessions
Dad V2. La parution de l'opus en Octobre, certes gratifiante, soulignait néanmoins
l'importance du mastering, chose dont Stalingrad devrait se soucier.
De leur côté, Jean-Claude et Anne-Marie Savy vaquaient à
la conception de la pochette et du livret, soumettant leurs ébauches
au quatuor. Ce fut finalement une photo de Florence Landjerit lors du concert
à L'Antirouille montpelliéraine qui rafla les suffrages.
Les répétitions se déroulèrent en toute sérénité
sous l'il vigilant de Jean-Claude, avec un seul mot d'ordre : énergie.
Saurions nous conserver ces impulsions une fois entrés en studio ?
C'était en fait l'unique inquiétude.
Jour
J-1.
On installe le matériel en milieu d'après-midi au studio Le Woots
chez le fameux Michel "Michton" Garcia qui a entre autre à
son actif plusieurs albums du New-Yorkais Kevin K et celui du dandy helvético
gardois Gil Rose. Les éléments sont répartis dans trois
petites pièces voûtées étanches et demain nous jouerons
live, casque sur les pavillons. Connaissant l'acoustique de son antre dans ses
moindres aspérités, Michton préfère procéder
à la disposition des micros la veille de l'enregistrement. Le lendemain,
il n'y aura pas de round d'observation ni de perte de temps. Dès neuf
heures du matin, Stalingrad mettra sur l'enclume ses quatorze rejetons et forgera
sans répit. Ici, pas de frime ni d'auto-valorisation artistique. Les
directives sont simples et claires. "Tu fais un disque pour des auditeurs,
pas pour des musiciens." Il faut que le résultat global accroche,
fi des détails narcissiques qui polluent le truc, ralentissent la marche
et n'apportent rien de crucial.
Message reçu, Michton
Premier
jour.
Prises successives live de dix heures à quatorze heures sans même
prendre le temps d'une écoute. On demeure le nez dans le guidon. Lemmy
joue essentiellement en rythmique et combat les séquelles d'une semaine
particulièrement harassante. Jean-Marc se sent parfaitement à
l'aise et ne manque pas de nous le faire savoir. Son drumming précis
et impétueux est une assurance vie. Tuborg s'inquiète d'un voile
psychosomatique sur la voix. De toute façon, il ne chantera que le lendemain.
Une fois les versions sélectionnées, casse-dalle rapide et Lemmy
retourne en cabine. Michton lui fait enregistrer une seconde prise de rythmiques
qu'il superposera. En fin de session, l'ossature des quatorze chansons est couchée.
Hébétés, nous quittons la place après une ultime
écoute, notant les imperfections à corriger dès la première
heure.
Deuxième
jour.
Correction de parties de basse. J'éprouve une certaine difficulté
à retrouver le feeling de la veille, à me remettre dans le bain.
On renvoie la bande, incessamment, et la bête finit par se rendre. Jean-Claude
assiste aux sessions depuis la console, aux côtés de Michton. Lemmy
retrouve sa cabine pour envoyer les solis. Certains jaillissent limpides, d'autres
impliquent besogne. Le comité de censure veille. A quatorze heures, on
ira s'envoyer un sandwich, libérés.
Le reste appartient à Tuborg. Qui veut attaquer sans tour de chauffe
par sa chanson/ écueil histoire d'en être débarrassé.
Erreur. On passe à une autre et la voix se fait peu à peu, se
fait si bien que les treize titres se voient quasiment couchés dès
la première prise. Tout devient partie de plaisir. Quelques retouches,
deux ou trois diphtongues à accentuer et je m'y colle. Michton fait subir
aux churs le même traitement qu'aux rythmiques : doublés,
voire triplés, ils gagnent en puissance et en profondeur.
Réécoute globale, mise à plat sommaire et on rentre avec
un CDR en poche, matière à méditer jusqu'à la semaine
prochaine.
Troisième
jour. (7 jours plus tard)
Quelques petits arrangements matinaux avant d'entamer la rude étape des
mixages et masterings : Tuborg ajoute une note de piano en staccato sur un passage,
puis demande l'inclusion d'un glas sur le même titre, des sirènes
se voient mixées sur un autre, je pimente la sauce de cris supplémentaires,
on efface diverses scories
Et on attaque la douloureuse. Conformément aux directives de Michton,
Jean-Claude et Lemmy ne viendront qu'en début d'après midi, avec
des "oreilles neuves". Pas de fioritures.
Juste trouver le bon équilibre sur une chanson cobaye, le répercuter
sur les treize restantes et masteriser. La vitesse d'exécution de l'ingénieur
du son est phénoménale. Nos questions anxieuses sont balayées
par des arguments d'une telle évidence qu'on se sent ridicules de les
avoir posées. Lorsque débarquent Lemmy et Jean-Claude, le bateau
est en état de flotter. S'ensuivront sept heures d'écoute non
stop à travers les diverses phases d'un mastering en temps réel
au cours desquelles chacun tendra vers l'optimisation du produit. Nous en ressortirons
KO debout. On voulait de l'urgence, nous avons été servis
Alors,
à quoi ressemble l'album?
J'ai mis un bon moment à le comprendre, saturé que j'étais
après ces trois jours infernaux. Bien simple, je n'entendais que détails
perfectibles, car une fois abandonné le filet sécurisant des prises
séparées et le repère orthonormé du click, le miroir
renvoyait notre vrai visage et je n'étais peut être pas prêt
à le contempler.
Je me persuadais avoir enregistré un disque de power pop puis, lors d'une
autre écoute, entendais du hard rock, et si je m'en autorisais une troisième,
un punk rock millésimé 77 dégoulinait des baffles.
Quand Jean Marc, absent lors de la session mastering découvrira le produit
fini, il lâchera
"De tous les enregistrements que j'ai effectués, c'est le seul qui
me donne l'impression D'AVOIR FAIT UN DISQUE."
Car bien sûr, tout est là.
Nous sommes réellement sur cette galette. Avec nos années sur
le râble, nos frustrations accumulées, nos influences digérées,
nos scories, nos fantômes, et tout cela suinte à travers le laser.
Et pourtant
En vieux ados, on conservait encore en nous le processus d'identification.
On se la jouait toujours dans nos têtes et nous voilà soudain réels,
tels qu'en nous-mêmes.
Ce truc est une somme. D'années, d'amours, de rage, de frénésie,
comme un ultime raout avant la suite...
Et je l'aime, comme je parviens peu à peu à m'encaisser. J'irai
même jusqu'à dire que nous sommes des mecs bien.
Loseland garçons et filles ? La plus belle défaite que l'on puisse se souhaiter
FEVRIER
2007
"Two punk bullets in your face!"
Valence (Le Caliente) Samedi 24 février 2007
Les
habitants de Valence répondent au doux nom de Valentinois. Une délicate
appellation suggérant flâneries romantiques sur les rives du Rhône
parachevées par un dîner chez bien sûr Anne Sophie Pic, récemment
intronisée dans le cercle restreint des triple étoilés.
Mais le rêve s'arrête là. Car Valence a faim.
"
Ville de morts ! " hurle David, tatoueur de son état, alors que
la maréchaussée vient d'écourter le set séminal
des Bruxellois Périphérique Est.
Dans l'exigue rhumerie Le Caliente, ils sont près d'une centaine à
s'entasser, affamés de frissons binaires. Pour cela, ils ont acquitté
leur droit d'entrée sans barguigner et ainsi soutenu la cause des dynamiques
associations Rutabaga Connexion et Oddball Produkt qui tentent de perturber
la léthargie locale.
Parce que Valence dort dès 21 heures sonnées, que voisins et rondes
de police traquent le décibel sauvage, et qu'il devient de plus en plus
ardu de se faire entendre dans tout ce silence.
De la taille d'un mouchoir de poche, la scène accueille difficilement le matériel pourtant sobre des deux groupes. Tout mouvement brusque constitue un attentat à la personne d'autrui. Néanmoins ça va bouger. Et suer
A
21h 45, Stalingrad investit le sauna et tire ses premières bordées
électriques depuis la sortie de " Loseland ". Tendu sur les
quatre premiers titres of course, le groupe se relâche à partir
de " Surtout pas s'en mêler " et mitraille stoïquement,
happant péniblement quelques bouffées d'oxygène. Les hochements
approbateurs de Jean Claude en façade nous font comprendre que nous sommes
dans le vrai.
Tuborg, pieds vissés sur l'estrade, donne du poids à ses mots
via une gestuelle ad hoc. Derrière lui, comme écrasé dans
une Vierge de Nuremberg, Lemmy riffe cruellement et délivre des interprétations
de " Fugitif " et " Six milliards d'ennemis " suscitant
l'ovation. Insensible à la température, Jean Marc matraque euphorique
un tempo d'adolescent hyperactif. Quant à moi, pork pie hat sur le crâne,
je suis tellement galvanisé par ces Valentinois et Valentinoises reprenant
nos refrains qu'ils ne connaissaient pourtant pas, que je double à l'unisson
les vocaux de Tuborg. Ce soir, " Ne lâche rien ", " Les
vieux punks " et " Je sauve le monde " prennent des allures d'hymnes,
du moins dans ma pauvre tête d'éternel naïf.
Ensuite,
Périphérique Est prend le relais, enchaînant des brûlots
orgasmiques estampillés 77 sans même prendre le temps de se désaltérer.
Sec et nerveux, coloré par le son des amplis Vox, le répertoire
est une jubilatoire machine à pogo.
Auparavant au catering, ces belges volubiles épaulés par Fred
(également guitariste d'Opération S) nous ont régalé
d'anecdotes sur leur showbiz national.
Là, dans la fournaise, noyés par leur sueur, ils nous gratifient
de vignettes punks telles que " Dératé ", " Système
D " ou " Rock d'ici ". Je saute en l'air en permanence, oubliant
mes rotules flinguées, hydraté par la bière glacée
qui a un degré de plus que l'eau.
Après
l'ultimatum des pandores (oh, il ne manquait que quatre chansons somme toute),
Fred passe aux platines et offre un bouquet de singles punks incunables et francophones,
repris en chur par les plus érudits.
Quelle nuit !!!
On
se souviendra de Valence, de l'accueil généreux de Vivien et ses
comparses et de la chaleur de ce public à forte densité féminine.
(Lemmy gardera à jamais dans la rétine l'image de la superbe brune
qui viendra le féliciter après le set ; Tuborg et moi décernerons
la palme à une blondinette aux bras tatoués de roses, serrée
de près on le comprend, par son copain tatoueur au look éblouissant).
Au matin, passant devant le temple d'Anne Sophie Pic, on comprend qu'avoir faim
ne signifie pas forcément perdre le goût.
Valentinois, Valentinoises, merci encore, merci pour tout
AVRIL 2007
Narbonne (L'Art Bar) Samedi 07 avril 2007
Deux kids aux prénoms monosyllabiques laissent derrière eux Lézignan, leur lieu de résidence, espérant l'éventuel frisson électrique d'un samedi en ville. Piercings, tignasse aile de corbaque, T shirts frappés du pentagramme et sac à dos bourré de canettes, ils débarquent à l'Art Bar narbonnais, estaminet on ne peut plus exigu, pour découvrir un combo punk old school.
Hans, routard allemand aux poches trouées s' y trouve également. Recroquevillé sous la bordée décibellique, il en profite pour aérer son rat, lui offrant des vacances surprises sur les épaules des autres.
Une ribambelle de quadras biterrois s'est réunie par amitié, pour passer un bon moment et boire quelques verres en hurlant des refrains à l'unisson. Le long du comptoir qui occupe la moitié du local, ce sont deux à trois rangées d'habitués qui s'adossent et vocifèrent à l'attention du groupe, alors que les bières surfent de mains en mains.
Les
vieux punks finissent toujours par payer de leur personne. Démarre
alors un périlleux rodéo en espace confiné.
Les deux kids entrent en transe, s'agenouillent contre le baffle Marshall
du guitariste en secouant leurs neurones déjà amoindris, galvanisant
le vieux sanglier qui riffe et lacère l'atmosphère épaisse
comme du manioc. Puis répondent à l'invitation du chanteur exsangue
qui tend le micro pour " Je sauve le monde " et " Ne lâche
rien ".
Calé contre l'unique retour, Hans semble tourner en vrille dans le
carrelage. Des quatre coins du bar fusent encouragements et vannes alcoolisées.
On distingue même des remerciements.
Car
l'Art Bar est l'oasis rock narbonnaise, si petite soit elle, que Christelle
et son mari drivent depuis un an. Ici, tout y est chaleureux, du fakir piercé
au pochtron rougeâtre, du couple dandy and roll au biker célibataire.
Les villes affamées n'ont point de complexe de supériorité,
ce qui les pousse à réagir à l'électricité.
Olivier, bassiste du binôme Trebob, assure la sono et organise le concert
par le biais de son association. Et ça booste. Ce soir, Stalingrad
a joué dans la place. Set heureux, cela va sans dire. Le répertoire
a même paru court.
Sur le trottoir, je devise avec les deux kids qui ont acheté " Loseland " et commentent les chansons. Ils veulent eux aussi fonder leur propre combo mais hésitent encore quant à leur orientation. Ce soir, ils ne rentreront pas à la maison. Ayant suffisamment de bières dans le sac pour supporter la nuit printanière, ils prolongeront l'aventure. Projettent même de nous retrouver à Bordeaux le 16 Juin. Dans leurs yeux, toute l'énergie et l'espoir du monde
Voilà pourquoi, chers arbitres des élégances, voilà pourquoi

MAI 2007
Montpellier (Antirouille) Vendredi 11 Mai 2007
Jouer dans sa propre ville, c'est comme retourner à l'église. On a bien sûr quelques mercis à dire, des choses à demander, et beaucoup d'autres à se faire pardonner. Fouler des planches montpelliéraines constitue toujours une gageure. Certes, " Loseland " bénéficie d'un accueil plus que positif, mais demeurent en mémoire les suspicions locales quant au premier essai et son médiocre concert de parution. Alors, reprenons l'affaire à zéro.
Durant la semaine précédant le set, Lemmy a souffert d'une infection de l'oreille interne. Son pavillon gauche étant encore amoindri, nous décidons lors de la balance d'inverser la disposition scénique. A l'Antirouille, lorsque Bertrand officie aux manettes il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Le soundcheck s'effectue donc dans la sérénité, mais nous redoutons l'attente, qui, comme le chantait Starshooter, " Tord les boyaux et rend marteau ". Ce soir, sortie d'album oblige, il est nécessaire de boxer en champions. L'affiche initiale qui prévoyait Elvis Zombies en ouverture s'est vue renforcée par Monalisa, un quintet de Port-Saint-Louis-du-Rhône.
Aux
alentours de 21h 30, ces derniers délivrent un set métronomique
face à un auditoire attentif. Leur pop repose sur une charpente de
métal ce qui la rend bougrement efficace, mais on n'a pas loisir de
l'apprécier à sa juste valeur. Car dans la salle qui se remplit
peu à peu, on salue, embrasse, serre des louches à tout va,
trouvant à chaque occasion la phrase idoine pour afficher un semblant
de décontraction alors que titille l'impatience. Quand l'inaction pèse
trop, on se réfugie dans la loge minuscule, sous prétexte d'une
discussion au calme, relatif cela va sans dire, car parviennent bien que filtrés
les décibels des Elvis Zombies. Qui réalisent une prestation
psycho drolatique, drivés par un Pascal Planas hyperactif.
Cross over réussi entre Vierges et Shériff, leur rock'n'roll
estampillé 100 % Montpellier emballe le parterre.
Compte à rebours. Suivant leur setlist, il ne reste plus que trois
chansons, puis deux, on s'en veut quand même de ne pouvoir jouir pleinement
du concert, mais faut être au jeu, accordage, réaccordage, plus
qu'une, un crusher nommé " Tout à fond " qui atomise
les incrédules.
Nous voilà dans les starting blocks.
Des Elvis en sueur nous encouragent alors qu'on les congratule pour leur remarquable
prestation. Trêve de salamalecs, action. On devait comme a l'accoutumée
entrer en scène sous l'angoissant Nosferatu d'Art Zoïd, mais une
fois l'installation et le checking technique terminé, nous choisissons
de rester sur les planches et d'attaquer direct, sans frime. Comme je le déclarais
auparavant à un kid, si l'âge apporte à la cause binaire,
c'est bien par l'atténuation du paraître. On joue certes, mais
on ne se la joue plus.
OK garçon, mais tout reste à prouver.

L'instrumental " Stalingrad " déboule, idéal pour prendre nos marques, nous habituer à cette configuration scénique inversée. S'enchaînent " Coupables ", " Ne me touchez pas ", " Je salis tout " et on entre dans le vif du sujet. Tuborg, en forme, mime les chansons avec cette touchante conviction qui agace tant les cuistres. Lemmy se lâche peu à peu et investit pour la première fois le devant de scène, juxtaposant solis ashetoniens et rythmiques barbelées. Ce soir est son soir. Jean-Marc assure un drumming brillant, même s'il avouera plus tard s'être un peu senti " autre ".
Comme
je le comprends !
On est à Montpellier, il faut convaincre nos pairs, sachant qu'une
bonne prestation impliquera sympathie alors qu'un fiasco se répercutera
quotidiennement. Il y a le poids moral de la responsabilité, l'obligation
d'être à la hauteur, de prouver que l'on n'occupe pas la tête
d'affiche par simple caprice, et tout cela tourne dans mon esprit, me faisant
commettre quelques imprécisions tandis que je guette les réactions
du public.
Car il y en a un. Pas un aréopage d'aficionados, ni une simple claque
de proches, encore moins un conglomérat d'habitués scotché
au zinc. Une masse stratifiée de tous âges. Il y a des quinquagénaires
qui n'ont jamais lâché le morceau, des quadras survivants des
grandes guerres soniques, et des teenagers électriques pogotant timidement.
Ce genre de melting pot générationnel nous avait agréablement
surpris à Valence et Narbonne. Si le fait se réitère
au sein de la cité des Guilhems, c'est qu'il y a quelque chose dans
l'air. Il est en effet émotionnant d'entendre (réentendre ?)
le son d'une ovation nourrie plutôt que les clapos conventionnels, de
lire ses propres refrains sur des lèvres mutines et de voir se trémousser
des corps ne boudant pas leur plaisir.
Ce qui signifie peut-être que nous sommes capables d'en donner.
Le show s'emballe avec " Les vieux punks ", " 45 degrés
de haine " après le désormais classique raout de Lemmy
sur " Fugitif ". On remercie, remercie encore ces hommes, femmes,
garçons et filles qui nous transportent et mettent sur orbite ce vieux
rêve de la seconde chance, nous gratifiant d'un rappel, un vrai, voyant
le caustique " Euthanasie " des Olievensteins conclure une soirée
que l'on n'osait espérer.
Après,
on nous félicitera pour notre mise en place, notre son (merci Bertrand),
les lights (merci Nico),notre prestation scénique, sensation agréable
certes, mais qui ne fait pas oublier que sans une audience concernée
nous ne sommes rien, que tout ce rock'n'roll est constitué de 10 %
de musique et 90 % d'autre chose, et que s'il y a eu succès ce soir-là,
c'est celui d'un public venu prendre du bon temps, concept oublié dans
la technopole.
Oh, Stalingrad n'est pas étranger à cela, surtout pas de fausse
modestie, mais notre punk rock résulte d'une alchimie humaine dont
il serait insensé de ne point admettre la précarité.
Campés au beau milieu de notre quatrième décennie, nous
claquons une partie gratuite grâce à l'extraballe, ce qui n'empêchera
certainement pas les Naast de dormir, mais nous aidera à affronter
nos démons intimes.
Que ceux qui en doutent aillent se faire foutre...
Voir
aussi les superbes photos de la soirée par Marc Ginot :
JUIN 2007
Bordeaux (Le Fiacre) Samedi 16 Juin 2007
Action
! Action !
Burdigala ville capitale doit être ralliée au " Loseland
" !
Le concert de ce soir est lourd de sens, surtout pour Tuborg qui surfe sur
sa vague vertueuse, à savoir un roman élogieusement chroniqué
dans Rock & Folk et une réédition prochaine des uvres
de Stalag en vinyle. Certes, mais le groupe désire ardemment Bordeaux,
pas seulement pour flatter l'ego du chanteur aux spikes blancs. C'est que
le Fiacre nous a séduits lors d'un froid vendredi de novembre, alors
que nous doutions encore de la légitimité du projet. Depuis,
il nous tarde de réentendre les saillies graveleuses du taulier Seb
"Vergeat" "Mazout", la voix mate de Sarah, le cliquètement
des Beatles boots de Scarzello et des talons aiguille de son éblouissante
Lys, de revoir les pavés de la rue du Loup, la masse gothique de la
cathédrale sur la place Pey-Berland, et de sentir flotter l'esprit
des guerriers soniques magnifiés dans le récent ouvrage "Bordeaux
Rock". Après tout, nous sommes chez nous, perpétuant la
tradition des groupes en ST, alliant mémoire à l'urgence du
présent.
Action
! Action !
Nous grimpons donc la fleur au fusil dans le van de Charlie (Mum is Trunk,
Illegal Process).
Les kilomètres goulûment avalés, nous nous garons face
au Fiacre, accueillis par le tonitruant Seb et déchargeons le matos
via un escalier en colimaçon assassin débouchant sur une cave
presque aussi malodorante que celle du Doyen vingt ans plus tôt. Les
Mongol Rodeo sont là, des jeunes mecs à bonne bouille qui ouvriront
les hostilités par des salves punk'n'roll.
Alors qu'on balance sur "Lâche-moi" de Strychnine, repris
pour l'occasion, le couple Scarzellien arrive. Leur combo La Poupée
Barbue vient de splitter dans la douleur, et malgré ces bleus à
l'âme, ils espèrent une soirée jouissive. Interdiction
de décevoir.
Action
! Action !
Mongol Rodeo défouraille à 22 heures 30. Ils sont bons, très
bons. Trop ? Toujours la même vieille angoisse : comment passer après
çà ? Je monte faire prendre l'air à mes nerfs. Tuborg
me rejoint tout excité, car les mecs viennent de passer au karcher
"Svalutation" de Celentano. Enorme selon ses dires. Et j'ai raté
ça.
Thierry s'assombrit soudain, réalisant qu'aucun de ses séides
d'antan n'est venu, excepté Sarah. Mais la cave est bondée de
jeunes et bordel, tout est mieux ainsi. Chaque ville possède une intelligentsia
aux dorures passées, quelque peu imbue de sa personne, qui inconsciemment
se laisse aller à jouer au censeur. Quel intérêt de jouer
devant ces quadras monolithiques plus enclins au persiflage qu'au chahut ?
Généraliser serait cependant une erreur.
Preuve en sont ces pub-rockers chenus qui me décrivent leur bonheur
d'avoir assuré la première partie de Wilko Johnson, ces basques
qui distribuent des flyers pour un festival à forte tendance ska rebelle,
et ces punks à chiens canoniques qui garent leur brigade canine devant
le Fiacre et acquittent sans barguigner l'écot du concert.
Action
! Action !
La cave n'est plus qu'une étuve. La buée se forme sur les guitares
dès que sorties des housses. Prévenant, Seb a disposé
des serviettes sur les pieds de micros.
On attaque. Réaction immédiate. Pour la première fois,
nous n'aurons pas à ferrailler six chansons durant avant d'obtenir
réponse. Concernés, les Bordelais. Faut préciser que
Seb leur a fait bouffer du "Loseland" à tous les repas. Jean-Marc
peste contre une grosse caisse qui avance, Lemmy se noie dans son jus, Tuborg
est quasiment hors scène pour fusionner avec le public et je deviens
cariclo complet. Totale catharsis. Inversion de la set list. Les punks précités
sautent comme des haricots mexicains. Je hurle en jouant, grimace, manque
assommer un Lemmy encastré dans la voûte de pierre et ressens
dans les entrailles une antique chaleur. Nous sommes tous mouillés
des pieds à la tête. Hydratons ! Hydratons ! Dès que Jean-Marc
envoie le tom basse, c'est la guerre. Lemmy cisaille des solis venimeux. Tuborg
maltraite sa gorge, roule des R tel une rivière en crue. "45 degrés
de haine" est introduit en swing improvisé. J'exhorte, juste pour
le plaisir d'un hurlement en retour. On dédicace "Ne lâche
rien" au Fiacre, à Seb, aux Mongol Rodéo qui nous ont précédemment
honorés, et à tous les acteurs de la soirée. Le temps
passe trop vite. Je sais déjà que je n'aurais cesse de revivre
une telle expérience et répugne à quitter la scène,
même si on nous signale que l'heure légale est dépassée.
Le classique de Strychnine "Lâche-moi" est propulsé
d'autorité en conclusion. Je passerai le solo de Lemmy la tête
dans le giron des vieux punks échevelés livides. Tuborg chantera
bras replié derrière le dos, vibrant hommage à Kick,
son père spirituel de Strychnine. Et ces gosses hurleront jusqu'à
ce que Mam's, le sonorisateur, balance un CD en "Ite missa est".
Et Sarah en prenant congé conservera la set list. Et les vieux punks
nous embrasseront. Et les jeunes viendront discuter autour d'une bière.
Et certains en lisant ces lignes pourront prétendre que, suivant l'expression
à la mode, on se la pète, alors que c'est tout le contraire.
Car on sait qu'un de ces foutus matins, le temps aura tout emporté,
qu'il n'y aura plus de troquet classieux nommé Le Fiacre, plus de rockers
romantiques sur les pavés bordelais, plus de van cahotant transportant
le dernier rêve d'un quarteron de grognards, plus de gamins reprenant
en chur les refrains de groupes quasi inconnus, et puis merde
Action ! Action !
Bordeaux s'efface du rétroviseur. Me revient en mémoire une chanson composée après notre première prestation au Fiacre, que nous avions jugé faiblarde et abandonnée par la suite :
Pubère
punk à Bordeaux
Lors des années sauvages
Crachant dans un micro
Pour faire tir de barrage
Bien des années après
De retour à BX
Tout péché pardonné
Mais la même idée fixe
Grande
gueule à Montpeul
Jamais loin des castagnes
Humour au vitriol
Et châteaux en Espagne
Bien des années après
Toujours sur les affiches
La mémoire est couchée
Mais la même idée fixe
Rien
n'est comme avant
Rue des Surs Noires ou Pey Berland
Un millénaire pour exister
De Bordeaux à Montpellier
Conclusion
somme toute valable
Lunel (Le Saxon) Vendredi 29 juin 2007
Une
zone industrielle aux abords d'une non ville au passé lourd de tradition
et au présent vide de sens. Je dois être franc : conclure la
saison à Lunel ne m'enchantait guère. Mais bon, les amis d'Elvis
Zombies avaient mis le paquet, se chargeant de l'affichage et des négociations.
La règle élémentaire de la politesse étant de
ne point jouer les rabats joie, c'est donc sans sourciller que je me garai
devant l'édifice.
Afflua derechef une marée de mauvais souvenirs. Lorsque quinze ans
plus tôt, des concerts sinistres à crever plombaient mes lambeaux
d'enthousiasme. Ouais, j'avais trop connu de nuits hors sujet, de chansons
n'ébranlant personne exécutées la mort dans l'âme,
d'arrières salles et de hangars quasi vides au son innommable, de regards
torves, de railleries, de théories lourdingues de poivrots subitement
métamorphosés en conseillers artistiques, bref, trop de tue
l'amour plongeant la noble croisade dans le marigot du ridicule.
Et souvent, ces funestes soirées avaient lieu dans la même bande
frontalière entre Gard et Hérault.
Sur le gravier du Saxon, je sentis les vieux spectres m'entourer.
Comme si l'aventure devait s'arrêter là, au premier rush de l'été.
Sound
check maussade mais néanmoins correct. Les Elvis Zombies prennent le
relais, éprouvant certaines difficultés à équilibrer
caisse claire et contrebasse, mais leur humeur légère est contagieuse.
Xavier, le tenancier, arbore ainsi que ses potes un look de biker millésimé.
Quand il installe au dehors tables pliantes et barbecue, les démons
qui me harcèlent semblent exorcisés. Non, le Saxon n'est pas
une aberration à laquelle on a vaguement accolé le mot rock.
L'accueil est vraiment chaleureux et au fil de la discussion, nous découvrons
un cercle de potes concernés, plus désireux de se goinfrer de
décibels que de fourguer de la limonade.
Petit à petit, alors que le jour décline, arrivent quelques
personnes, atténuant l'angoisse de la salle vide. Cependant la douceur
de la soirée peut suggérer de siroter la mousse au dehors et
de profiter d'un fond musical ne nuisant point aux papotages. Ce qui serait
mortel.
Oh, ils ne sont pas nombreux, une quarantaine environ, et s'il s'agit de badauds
venus se jeter un godet, nous courons droit au naufrage. Je crois avoir précédemment
écrit que nous ne sommes rien sans ces gens, malgré nos petits
égos, nos jolis instruments et notre technique si ardûment acquise.
Alors
qui sont ils ce soir ?
Il y a un iroquois activiste au T shirt Metal Urbain qui affiche et distribue
des flyers de ses prochaines organisations. Le mec est venu de Pont-Saint-Esprit
pour assister au set, déplacement qu'il qualifie de banal, puisque
avouant avoir déjà roulé mille bornes pour un simple
concert. Son complice est un briscard de la scène alternative, car
officiant depuis quinze ans au sein du combo punk vauclusien Fiction Romance.
Un rude garçon blond traverse la salle sur sa chaise roulante, accompagné
par sa magnifique égérie, une brunette en short en cuir et talons
aiguilles. Des gaziers au visage marqué s'asseyent à une table
proche de la scène. Une portée de kids attend bien sagement
le début des hostilités. Des habitués au look motard
boivent sans rien laisser transparaître. Et bien sûr, il y a quelques
fidèles des deux groupes, Hélène, des amis communs, même
de la famille corse en ce qui me concerne. De quoi faire
Toujours aussi revigorants, les Elvis Zombies
Quelques imprécisions par ci, un faux départ par là,
mais une fougue inaltérable qui de "Marécages" à
"Son bijou" secouera les occiputs, enfonçant fort à
propos le clou avec "Suzy is a headbanger" reprise d'un obscur quatuor
aux baskets qui puent.
Ben est vraiment un putain de contrebassiste et lorsqu'on sait qu'il ne maltraite
la grande dame que depuis septembre, cela laisse pantois. Ed le surfeur revisite
les plans mythiques, du twangin' au fuzz garage, fourguant à prix d'ami,
excusez du peu Duane Eddy, Dick Dale et P. Paul Fenech. Quant à Didier
le batteur, eh bien il apprend ce soir qu'il exécute un Diddley Beat
sans le savoir sur "Toutes les filles sont folles".
Et mon ami Pascal
Il l'avait tant voulu ce groupe, tant fait de concessions
dans des formations tristounettes pour ne jamais lâcher le morceau,
qu'il exulte littéralement à chaque titre , hurlant, sautant,
se roulant par terre, lui qui connaît si bien la valeur de la seconde
chance.
Et
nous revoilà, tiens.
Lemmy demeure concentré sur son manche, ne cillant pas de tout le set.
Précis, chirurgical même, accomplissant le contrat tel un tueur
à gage tandis que Jean-Marc, par contre, tabasse jovialement depuis
son petit promontoire. Tuborg ne s'entend pas très bien dans l'unique
retour, et parfois s'imagine chanter faux, ce qui est une excellente chose
car ça le rend particulièrement agressif. Vêtu intégralement
de noir, il malmène son pied de micro, feule, articule outrageusement
et fait mine de s'étrangler avec le fil. Le groupe enchaîne sans
aucun temps mort, à ma grande satisfaction. J'arpente la scène,
tout léger dans mes Converse, allant de Lemmy à Tuborg, exhortant
les gens à gueuler. Sur "Les vieux punks", les Elvis Zombies
débouleront, improvisant chorale et ballet. Lorsque l'éminence
grise des Fiction Romance clamera son savoir sur les groupes bordelais en
ST, c'est "Lâche-moi" de Strychnine qui sera opportunément
envoyé. Bien que démarré de manière quelque peu
syndicale, ce concert aura gagné en précision et en intensité.
On est certes loin de l'hystérie bordelaise, mais la performance de
ce soir correspond à l'attente du public.
Un
public assurément attentif, qui de l'intro des Elvis Zombies au final
de Stalingrad n'a point quitté la salle, ne serait ce que pour prendre
un bol d'air dans l'agréable courette. Chaque titre a été
salué d'une salve d'applaudissements nourrie. L'intérêt
était tel que certains sont venus après commenter les lyrics,
au grand soulagement de Tuborg. Jean-Claude, quelque peu timoré depuis
l'annulation ex abrupto de notre set au Subsonic (Cause de décès
familial chez un membre du groupe), retrouve le sourire en vendant quelques
exemplaires de "Loseland". En fait, c'est con à dire, mais
tout le monde est content.
Jusqu'à Xavier, maître du lieu, qui nous propose une date en
hiver, nous assurant une centaine de personnes de plus.
De
quoi tirer certains enseignements :
1/ La paire Stalingrad/ Elvis Zombies semble fonctionner.
2/ Qualité vaut mieux que nombre.
3/ En ce qui me concerne, mieux vaut cesser les comparaisons avec un passé
décomposé.
Bonnes vacances, en espérant que l'été arrive enfin
.OCTOBRE
2007
"Les
20 ans de VICTOIRE 2" (Montpellier), le vendredi 26 octobre 2007
Wham
bam !
Trois chansons éjaculées vite fait sur les planches de V2 à
l'occasion du vingtième anniversaire de la salle.
Vingt ans donc, et vingt groupes qui se succèdent à l'arrache,
comme dans ces rendez-vous de célibataires ou l'on doit concrétiser
en dix minutes. Backstage il y a du monde, évidemment. Des visages
réapparaissent, certains maltraités par la vie, d'autres empreints
d'une sérénité patiemment acquise. Embrassades, vannes
conventionnelles, petits mots gentils, mais personne n'a réellement
le temps ou l'envie d'assister à la prestation d'autrui. Tout juste
parvient-on à conserver le minimum de concentration nécessaire
pour assurer son set avec la bizarre sensation d'avoir oublié quelque
chose en coulisse. On s'y colle à 22 heures précises, car le
timing est helvétique, envoyant "Face à mon Cadavre",
"Je salis tout" et "Appelez la Sécurité"
sans même se regarder.
L'érection est à peine ébauchée qu'il faut remettre
sabre au fourreau.
Frustration logique lors du retour aux vestiaires.
C'est la règle de la soirée, à laquelle se plieront de
bonne grâce les vingt formations invitées.
Dans la salle un public nombreux et chaleureux se délectera de ce plateau
de variétés à géométrie variable. L'ambiance
sera amicale et détendue. Tuborg enthousiaste, savourera le moment
de façon épicurienne, s'affolant tantôt pour Dimoné
et Nat Yot, tantôt pour The Hop La et Général Alcazar,
devisant avec les suscités dans les loges. Lemmy, d'abord inquiet à
l'idée de jouer sans sound check sur un matériel commun, repartira
revigoré et gonflé à bloc. Jean-Marc, Mr No Problem,
fera preuve de flegme et de ressource, même en cassant une baguette
durant l'assaut. Quant à moi, d'humeur contrastée (Montpellier
oblige), j'oscillerai entre plaisir et tension.
C'était l'anniversaire de V2, et pour Isabelle, Shintoff, Bud, Fred,
Samantha et les autres, en aucun cas n'aurions voulu être ailleurs
NOVEMBRE
2007
Tulle
(Salle des Lendemains qui Chantent, avec Parabellum et Têtes d'Ouf),
Samedi 24 novembre 2007
Jean-Claude
Savy de Julie Prod a décidé que ce serait son ultime partenariat.
Désire son grand finale, le bougre. Il est cependant vrai que cette
date constitue le point d'orgue de son management, tant pour les conditions
négociées que pour l'excitation rock'n'rollienne. Stalingrad
ne prend point ombrage de sa décision de vieux gamin, sachant qu'il
ne résistera pas à une invitation prochaine, surtout si le périple
s'avère prometteur. Alors dès dix heures trente, la caravane
drivée par Charlie (Mum is Trunk, Illegal Process) s'ébranle
pour rallier la ville des pendus. Emoustillé comme un tambour major
dans un vestiaire de majorettes, Jean-Claude déclare déjà
que cette adrénaline risque de lui manquer. Jean-Marc, radieux, officie
comme copilote, Lemmy ne desserrera les mâchoires qu'en cas d'alerte
à la bombe, Tuborg parvient à imiter le son du freinage en pente
abrupte grâce à une trachéite partiellement somatisée,
et moi, galure sur les yeux tel John Wayne, je tente de rattraper une nuit
blanche pathologique.
L'ambiance colo perdure lors de la halte repas dans un bled au dessus de Rodez
lorsque Tuborg, Jean-Claude et Charlie affrontent un civet de cerf plus faisandé
que la créature de Frankenstein (le cerf vaincra).
La patronne perspicace demande "Vous êtes du spectacle ?"
et souhaite bonne route. A Figeac, nos amis de la maréchaussée
feront de même après avoir immobilisé le van une demi-heure
et collé un manche au pauvre Charlie. Il n y a que Jean-Claude pour
jouir de telles péripéties. La tension monte. Nous avons pris
du retard, le trajet semble s'étirer, la morne cambrousse de novembre
se referme et à quinze bornes de Brive, les organisateurs téléphonent,
inquiets du contretemps. Ajoutons un bouchon sabbatique briviste, une erreur
d'itinéraire, et nous voilà devant la salle des Lendemains qui
Chantent flapis et honteux.
L'endroit est magnifique, l'équivalent de Victoire 2, mais de 450 places.
Parabellum a terminé son sound check, les Têtes D'Ouf effectuent
le leur, et on apprend en frissonnant que, programmés en seconde position,
nous balancerons live pour des raisons techniques évidentes. Eh oui,
on est à la bourre, on ne va pas en plus la ramener
Surtout que
l'équipe des Lendemains se met en quatre pour nous satisfaire. Nous
n'avons besoin que de déstresser et visitons le complexe, atterrissant
dans la loge que nous partageons avec Parabellum.
Apéro collectif au bar. Superbement cornaquée par Christine
et Daniel, l'association des Lendemains est une affaire quasi familiale. Il
est nécéssaire de se serrer les coudes quand on partage la même
passion dans une petite ville reculée que le froid semble engourdir.
On ressent la chaleur de ces gens, heureux de vivre leur truc, professionnels
remarquables avec la touche de classe consistant à ne rien laisser
paraître.
On parle, bien sûr.
De l'ancienne scène montpelliéraine qui a marqué la mémoire
de Tulle et dont la légende se répercute chez les plus jeunes
(notamment la craquante Karine, guitariste des Têtes d'Ouf, qui s'enquiert
des activités actuelles des OTH iens) ;
De l'actualité, de nos connaissances communes, Schultz et Sven de Parabellum
étant particulièrement diserts, et arrive l'heure du restau,
attention superflue en ce qui concerne Stalingrad car un nud à
l'estomac persistant nous empêche d'apprécier les agapes.
On retourne à la salle après quinze bornes supplémentaires
de départementale tortueuse. Le froid humide transperce mais ne décourage
pas les kids qui font le pied de grue devant l'entrée. Evidemment,
c'est plein à craquer. Pensez donc ! Douze euros l'entrée, sept
seulement pour les adhérents, sachant que l'adhésion annuelle
est de sept euros, jouons aux comparaisons
Les Têtes d'Ouf investissent fébrilement les planches. Le groupe
existe depuis trois ans environ, mais vient de stabiliser récemment
son line up. Locaux de l'étape dans la salle principale de leur région,
ils veulent frapper un grand coup et défouraillent un punk alterno
agrémenté de djembé.
Dans les loges on tue le temps avec Parabellum, détaillant les graffitis
ésotérico-dadaïstes accumulés sur les murs. Lemmy
s'accorde derrière le rideau noir. L'absence de sound check ajoute
à la nervosité. Du backstage aux loges et vice versa. Charlie
prétend que le trac n'a pas lieu d'être lorsqu'on joue du punk
rock. Tentant de faire nôtre sa maxime, on s'apprête au combat
tandis que les Têtes d'Ouf sortent sous l'ovation, rompus et repus.
Le chanteur prolonge ses trois quart d'heure de gloire, devisant assis sur
le bord de scène avec ses fans, armé d'une bouteille de Zubrowska.
On s'installe rapidement, la batterie étant pré-assemblée
et mon ampli déjà sur scène. Réaccordage urgent.
Doum, doum, poum, tchac, gring, grang, un, deux !
Quatre mesures pour toute balance. Go !
Bizarre sensation que de découvrir scène, salle et public sous
les lights en envoyant les premières chansons. On ne se regarde pas.
Je sais pertinemment que Lemmy demeure monolithique, que Tuborg mime les lyrics
et que Jean-Marc tabasse malgré quelque instabilité matérielle.
Le répertoire se déroule tandis qu'une vingtaine de kids pogote
sans relâche, tranchant une demi-lune dans la foule compacte. Le devant
de scène est jeune, très jeune, ce qui nourrit et justifie nos
croyances. Ovations. Sueur qui brûle la peau. Pas vraiment le temps
d'essuyer, déjà que Tuborg me trouve longuet dans la présentation
de certains titres
Dédicacer le concert à Jean-Claude avant d'attaquer Ne lâche
rien, turbiner à toute berzingue Panier de crabes manquant
larguer Lemmy en route, conclure par un Euthanasie galeux et nous retrouver
en coulisse avec dans les feuilles l'écho des clameurs, nous demandant
si "ça l'a fait".
Tuborg ronchonne, prétextant quatre chansons un peu molles à
son goût. Lemmy, taciturne, estime ne pas avoir été très
bon, Jean-Marc semble relativement satisfait et je doute, pour changer.
Retour sur les planches afin de déblayer le matos.
Les gosses des premiers rangs m'interpellent et me tendent la main, adressant
félicitations et encouragements à Stalingrad ; vont même
jusqu'à nous remercier d'être venus, chose qui me surprend toujours,
car habitué à justifier notre existence auprès de certains
arbitres des élégances.
Jean-Claude débarque backstage, aux anges, flanqué d'un Charlie
ayant officié comme assesseur à la table de mixage. Ca l'a fait,
disent ils, Parabellum et le staff des Lendemains le confirment. Nos impressions
mitigées s'évaporent. Un concert se passe en façade.
Les tracasseries narcissiques de semi musicos doivent aller à l'égout
(remember les enseignements de Michton lors de l'enregistrement de Loseland).Nous
ne cessons d'apprendre et ne voulons point mourir
Surtout quand Schultz et sa bande mitraillent Comme un héros
en guise d'introduction et dédient Papa à Stalingrad
"avec qui nous étions dans les tranchées en 42". Leur
show précis, énergique et bodybuildé déclenche
un pogo général qui n'expirera qu'à l'ultime larsen.
What a night ! Sixteen again !
Je suis entré dans la mêlée, ai pris des gnons, balancé
quelques gaziers, puis remonté aux loges casser la graine avec Tuborg
et les Têtes d'Ouf. Bières, Vodka, rires, tout s'accélère,
la nuit corrézienne s'emballe. Parabellum nous rejoint, Lemmy et Jean-Marc
se marrent et les Lendemains invitent au dernier pot. On rencontre Alain Feydri,
nouveau protégé de Julie Prod pour son bouquin Les Kinks
une histoire anglaise, qui avoue préparer une prochaine bio des
Cramps.
Un Charlie impérial nous ramène au motel. Dodo lourd et comateux.
Le lendemain, petit dej rapide avec des Parabellum qui regagnent Paname dans
un van rutilant et se demandent si le nôtre est bien pourvu de sièges.
Retour sans encombres vers Montpellier, une nouvelle expérience humaine
dans les flight cases.
Standing ovation pour l'équipe des Lendemains qui Chantent, exceptionnelle
en tous points. Jean-Claude jubile, estimant sa sortie très réussie.
Le soir même, à peine le pied reposé sur le sol du Clapas,
rush au Rockstore pour le concert des Adicts.
Chose inimaginable dix ans plus tôt.
Vieillir est un vertige
FEVRIER
2008
Narbonne (L'Art Bar), Samedi 02 Février 2008
Départ classique de la caravane Stalingrad pour la première prestation de l'année : Tuborg est ronchon, Lemmy fatigué, Jean Marc d'humeur égale. Surprise de taille, je suis décontracté, tant il est vrai que depuis la cessation d'activité de Jean Claude, des préoccupations d'ordre logistique m'obligent à relativiser. Première sortie sous l'égide Kill Prod donc, et la perspective de regagner l'estaminet audois ragaillardit. On se souvient des quelques kids cannibales qui avaient l'an passé mis notre set sur orbite et, à mesure que tombent nuit et baromètre, monte l'envie de chauffer au rouge cette minuscule oasis binaire.
Nous
officions en terrain connu, programmés et sonorisés par l'infatigable
Olivier qui fête ce soir son anniversaire. Depuis son comptoir, Christelle
transmet un message au groupe : " Julie vous souhaite un bon concert
". Mais, s'étonne t'elle, la voix semblait masculine.
Sourires entendus. Jean Claude n'a rien perdu de sa proverbiale courtoisie.
Si l'attention est délicate, le sound check l'est beaucoup moins.
On balance brutalement nos derniers nés " Royal au bar "
et " Personne comme toi " que l'on compte tester ce soir. Tuborg
se voit gratifié d'un micro unidirectionnel d'esthétique fifties,
clin d'il à Elvis et Rotten, derrière lequel il semble
circonspect. Lemmy se prépare au combat, le Marshall solidement calé
contre le mur d'entrée.
Dehors, les gosses arrivent.
Adrien et John, les deux enragés rencontrés l'an passé
sont revenus, et avec eux toute une raya de jeunes punks et punkettes armés
de packs qu'ils consomment sur le boulevard. Vu de l'extérieur, cette
armada bigarrée contraste avec l'atmosphère lénifiante
de la périphérie.
Attirés par les décibels, ils pénètrent dans le
lieu, rapidement tancés par les tenanciers qui exigent d'eux une conso
minimum.
Il
est 22 heures. Nous voulons en découdre.
Le troquet n'est jamais bondé car la nouvelle loi anti tabagique garnit
constamment le trottoir. Cela laisse quelques précieuses bouffées
d'oxygène.
Une vingtaine de minutes plus tard, nous attaquons, comprenant qu'il n'y aura
pas de round d'observation. Le pogo se déclenche sur " Cadavre
", mêlée tournante, maelstrom emportant les retours posés
au sol, propulsant les micros dans les dents des musiciens qui n'en demandent
pas tant. C'est tout simplement fabuleux. Ces gamins connaissent nos chansons
et s'emparent des refrains. Je leur laisse le maximum de place, jouant dos
collé au baffle. " Surtout pas s'en mêler " est ponctué
par des " Oï, Oï, Oï " sarcastiques de Tuborg qui
voit un gazier trébucher sur son retour et s'affaler dans ses jambes.
L'énergie est communicative. Nous nous nourrissons mutuellement.
D'autres personnes participent à la soule. Le jeu est physique, mais
sans agressivité. C'est un véritable bonheur que de se connecter
à ces batteries juvéniles. " Royal au bar " sera le
climax. La grappe humaine gesticulante rebondit contre les murs du petit local,
s'enfonce en partie dans le couloir des toilettes, manquant happer Lemmy au
passage. Ce dernier tente de préserver l'intégrité de
sa guitare et se réaccorde systématiquement entre chaque série
de chansons.
Baisse de régime. Conséquence de la législation. Les
belligérants sortent récupérer en grillant la cigarette
honnie et vont essorer les packs stratégiquement planqués. C'est
donc face aux plus âgés que nous poursuivons notre set, préparant
la cavalcade finale.
En effet, les teenagers outlaws reprennent possession du territoire dès
l'intro de " 45 degrés de haine " et n'en démordront
plus.
Sans
le savoir, nous avons savouré notre dernier rodéo électrique
à l'Art Bar.
Le troquet fermera hélas ses portes en Mars, Christelle et son comparse
s'expatriant vers des cieux campagnards. Adrien, John, et leur bande rebelle
continueront à arpenter la nuit en quête d'un nouveau refuge
pourvoyeur de fantasmes soniques. Les vieux punks de Stalingrad rayeront l'endroit
de leur carnet d'adresses et chercheront d'autres hôtes. Comme disait
Joe Strummer " Sur la route du rock'n roll/ Il y a beaucoup de casse
dans le ravin ".
Mais bordel, dussé je le répéter jusqu'à mon Alzheimer,
nous sommes de foutus veinards. Ces gamins offrent un caviar remontant à
notre propre post adolescence. Une saveur oubliée durant deux décennies
froides, dont le come back emporte le palais en suscitant l'orgasme des papilles
gustatives. Pour tout ça les gosses, on peut se fendre d'une chanson
Samedi 23 Février 2008
Thierry Tuborg quitte Stalingrad. Thierry Saltet prend le lead vocal et Jean-Marc Aunay les choeurs...