STALINGRAD - Journal de la dernière aventure
(par Thierry "Punky" Saltet)
(photos © Marc Ginot)

Retour accueil :

JUIN 2004
Dans les locaux de Divergence FM (la radio montpelliéraine), Thierry Tuborg, ex-chanteur du cultissime groupe Stalag et écrivain maudit, envisage une collaboration avec Thierry Saltet, acteur et mémorialiste des années sauvages montpelliéraines. Le projet est un EP quatre titres d'inspiration ramonesque et stoogienne. Les rôles sont clairement définis : Tuborg chante et écrit, Saltet compose et tient la basse. Aucune perspective scénique n'est envisagée à ce stade du projet.

JUILLET 2004
Lemmy, fan indécrottable de Motörhead et comparse de Thierry Saltet depuis leur adolescence bruyante, accepte de tenir la guitare et s'investit dans le projet. A l'aide d'une boîte à rythme on ne peut plus sommaire, le trio compose quatre titres at home :
Tes six milliards d'ennemis, Rock'n'roll Nymphette, Les vieux punks (finissent toujours par payer) et Fugitif.

AOUT 2004
La structure rigide initiale se voit sans cesse remise en question. Deux titres sont d'abord ajoutés : Coupables (une cover d'un titre obscur de Stalag) et Surtout pas s'en mêler. Le projet de EP quatre titres évolue donc vers un MINI-ALBUM. Puis Tuborg et Lemmy interviennent dans la composition alors que Saltet fait de même dans les lyrics. La possibilité de jouer live est évoquée. Dès lors, même si personne n'ose encore se l'avouer, il s'agit bien d'un nouveau groupe, dont les répétitions sont prévues à la rentrée dans les locaux de la TAF.

SEPTEMBRE 2004
Jean-Marc Aunay, batteur légendaire du rock local, en fonction dans les Staccatos avec Thierry Saltet (standards garage sixties), prête main forte au trio. Tuborg obtient la reconnaissance littéraire via un contrat d'édition au Serpent à Plumes. Profitant de cette opportunité inattendue, le groupe se baptise à cette époque Thierry Tuborg et la Malaria.

OCTOBRE 2004
Début des répétitions à la TAF. Euphoriques mais studieuses, ces sessions cimentent les relations et affûtent le court répertoire auquel est ajouté Euthanasie des Olievensteins. Les Staccatos étant dissouts, Jean-Marc Aunay intègre définitivement le combo.

NOVEMBRE 2004
Enregistrement d'une pré bande live au local par Yahn, bricolo du son bien allumé et joueur de badminton confirmé. Garagissimes, les dénommées Badminton Tapes permettront toutefois d'asseoir définitivement les compositions, alors que l'urgence du studio commence à se faire sentir.

DECEMBRE 2004
Le studio est enfin choisi. C'est Hole, guitariste de Eyeless (Metal), qui officiera aux manettes dans ses récentes installations du studio Trendkill. Le fait d'enregistrer avec un musicien au son (qui plus est membre d'un groupe pratiquant l'extrême énergie) permet d'éviter les pièges habituels.
Les sessions sont réservées pour le premier week-end de janvier. La Malaria répète d'arrache pied et inclut
Carolus d'or de Stalag à son répertoire.

JANVIER 2005
Début d'année pied au plancher. Lemmy et Thierry Saltet enregistrent une bande témoin au métronome chez Yahn Badminton, canevas pour l'enregistrement au studio Trendkill. Les sessions chez Hole se déroule de façon (presque) idyllique. Six titres sont mis en boîte en deux jours seulement. Humainement, c'est l'osmose. Le calme olympien de Hole et de son associé Mat estompe les tensions. Ces lascars savent comment faire sonner un groupe de rock'n'roll et c'est avec une admiration certaine que les quadras du punk sudiste remettent leur âme entre leurs mains. Le mixage, fin janvier, n'est certes pas parfait, mais Hole préconise un délai d'écoute avant toute retouche. Amen…
Tuborg quant à lui retourne à Bordeaux en vainqueur et tâte de la scène lors d'une
reformation éclair de Stalag devant 800 personnes, au théâtre Barbey, à l'occasion de la sortie de la compilation Bordeaux rock 77-87.

FEVRIER 2005
Remix définitif ou comment Hole et Mat effacent les doutes en moins d'une demi-journée. Reconnaissance éternelle, à tatouer sur l'avant-bras. Trendkill forever…
Les répétitions se poursuivent avec de nouvelles chansons :
Ne me touchez pas, Demain je sauve le monde (très Sheriff), et Que va penser Patrick Eudeline de nous. Question bizness, Il est envisagé de faire écouter la bande à Jean-Claude Savy de JULIE RECORDS (Freddy Lynxx, Kevin K, Jeff Dahl).

MARS 2005
Jean-Claude Savy écoute donc l'enregistrement et l'embarque afin d'assurer sa décision. C'est donc autour d'une table que les quatre parties (BE FAST, JULIE RECORDS, Tuborg et Saltet) se réunissent pour tomber d'accord sur la parution d'un CD 6 titres à la rentrée 2005. Cependant, le nom Thierry Tuborg et La Malaria ne convient pas aux décideurs. Pas assez représentatif du groupe.
STALINGRAD est choisi, réminiscence de Stalag of course, mais aussi des fameux ST bordelais de la fin seventies, inspirés des ST des STooges, STones, STandells, remarquez au passage que l'ex-combo d'Aunay et Saltet se nommait les STaccatos... Puis : " … Si ça continue ça va tomber comme à Stalingrad " est une réplique mythique du film Les Tontons Flingueurs ; Stalingrad est une station de métro parisienne voisine d'Oberkampf ; quant à la bataille éponyme… n'en jetons plus, vendu. JULIE et BE FAST prévoient des concerts pour la rentrée, notamment le concert de sortie du CD naturellement prévu à la TAF. On envisage même une mini-tournée promotionnelle automnale. Le photographe Marc Ginot shoote le groupe avec talent et Yves Haller (BE FAST) se propose de réaliser l'infographie.
IT'S ALIVE !!!

 AVRIL 2005
Thierry Saltet va se ressourcer en Corse et revient avec deux nouvelles chansons Appelez la sécurité et Où étiez vous quand nous étions morts ? Entre temps, la reprise de Stalag Carolus d'or a été abandonnée, jugée désuète et beaucoup trop mid tempo. Le groupe travaille donc les compositions récentes, impatient de pouvoir assurer le répertoire requis pour se jeter à la scène.
Le mastering du CD a été confié à Cédric, dont le studio vient d'être installé dans les locaux même de la TAF. Quelques divergences d'opinion bien sûr, d'aucuns trouvant les fréquences basses envahissantes, d'autres recherchant la puissance brute via le dumping, mais tout le monde demeure d'accord concernant l'optique et œuvre dans le bon sens. Yves Haller réalise une PAO du recto de pochette qui force l'adhésion, quant à Jean-Claude Savy, impérial, il mène la barque avec rigueur et dextérité, planifiant la finalisation matérielle du projet pour juin.

MAI 2005

Après moult indécisions et atermoiements, Be Fast, Julie Records et Stalingrad choisissent un mastering de Cédric Castel (qui a dû en effectuer quatre). Yves Haller met la touche finale à la pochette et livre un travail somptueux, risquant à lui seul de provoquer l'achat de l'objet chez les gens de goût. Le groupe répète la liste du futur set et Tuborg, entre deux salons littéraires, contacte Patrick Eudeline par e-mail pour lui demander les lyrics de " Planté comme un privé " classique d'Asphalt Jungle. Cette reprise est incluse dans le répertoire pour être logiquement enchaînée à " Que va penser Patrick Eudeline ".


JUIN 2005

Jean-Claude Savy est en mesure d'envoyer le projet définitif à la gravure. Cependant, des problèmes de formatage causent hélas de nouveaux retards. Des retouches sont nécessaires mais l'intervention de Madame Savy herself s'avère déterminante (Mega thanks Anne-Marie !).
Le groupe, quant à lui, ajoute une nouvelle composition à la set list : " 45 degrés de haine ", ultra speedé et chanté par Thierry Saltet.


 JUILLET/AOUT 2005

Alléluia ! Gloire à Julie Records !
L'objet tant désiré est enfin arrivé !
500 exemplaires sous blister attendent vos mains avides.


SEPTEMBRE/OCTOBRE 2005

Premiers envois promo du disque, calage des dates des concerts de novembre. On commence à parler de Stalingrad dans les forums rock sur le net, les premiers papiers dans la presse et les fanzines sont en préparation.
Premier concert, en ouverture de KEVIN K à Nîmes (La Movida), le 14 octobre 2005. Les affres ont rapidement fondu, tutti va bene, Stalingrad est fin prêt pour la scène ! Kevin K ne pouvait pas croire qu'il s'agissait du tout premier concert du groupe. Il a déclaré : "Stalingrad est un groupe très confortable !"
Rendez-vous en novembre pour quelques dates à Toulouse, Bordeaux, Narbonne, Montpellier.

 

NOVEMBRE 2005

"Valses viennoises et Robert Plant" par Thierry Saltet (10, 11 & 12 novembre, on the road)

10 Novembre 2005 Bar L'Autan Toulouse

Un van Mercedes orange.
Dès que le moteur donne des signes de surchauffe, il est paradoxalement recommandé de pousser le chauffage intérieur à fond et d'ouvrir la vitre jusqu'à ce que l'aiguille retrouve son calme. Jean-Claude Savy, boss de Julie Records, effectuera cette manœuvre mille kilomètres durant sous les ordres de Michel le chauffeur, un baroudeur attiré par l'aventure en milieu inconnu. Tassé sur les banquettes, le groupe envoie des vannes régressives.
Arrivée dans la ville rose. L'Autan a du cachet, c'est le moins qu'on puisse dire : déco murale constituée pêle-mêle de vieilles pendules, de plaques de pub métalliques fifties, de photos punks et d'affiches de concerts. Jean Paul, un colosse piercé tatoué y a servi sept ans avant d'en devenir gérant. Ici, pas de frime ni de paroles inutiles. Plus qu'une affaire de cœur, L'Autan est une cause.
Stalingrad investit la petite scène à 20 h 45, le concert devant expirer avant 22h pour de sombres raisons de voisinage, air malheureusement connu. La faune est bigarrée, des personnages de Dickens côtoient des keupons activistes. Set serré, rapide et nerveux, dopé par la sono impeccable assurée par Yves et Pierro d'Openightmare. Le public, peu bruyant mais impliqué, adresse des sourires de sympathie au groupe en restant motté devant l'estrade. Après la prestation, beaucoup viendront discuter, notamment Eve, la délicieuse journaliste de Rock Sound. Yoann, batteur des surprenants Brassens Not Dead, hébergera l'équipe après avoir mitonné un repas de chef. Il embarquera ensuite Tuborg pour une virée noctambule qui les laissera exsangues aux morsures de l'aube.

11 Novembre 2005 Bar Le Fiacre Bordeaux

" Réveil tragique succède à un sommeil sans rêves "
Mais le timing est plus que généreux, ce qui donne l'occasion de rallier Bordeaux par la nationale à un train de sénateur. Quelques flashes surréalistes en bord de route. On retiendra cet arrêt de bus dans un village perdu, tapissé de deux affiches : "Valses Viennoises" et "Robert Plant". Noces oniriques en campagne girondine.
Bordeaux a bien changé, pense Tuborg, sentant monter la pression en entrant dans sa ville natale pour ses retrouvailles scéniques. Plus de vingt ans déjà.
Situé dans le quartier de la cathédrale, Le Fiacre a de la classe. Des jeunes femmes élégantes y dégustent un thé sous les portraits encadrés de Brel, Morrison, Cantat et le poster de Stalingrad. Maître des lieux, Sébastien Potet contraste en dispensant sa verve héritée d'Audiard. La salle est en sous-sol, escalier en colimaçon, cave voûtée, scène exigue.
Le groupe répond aux questions pertinentes du fanzine L'Oreille Cassée. Ensuite, repas au restau avec le staff et l'excellent couple Eudelinien Patrick Scarzello et Lys Reygor. Le sablier s'égrène. Rush à l'hôtel, atterrissage sur scène.
Contrairement à la veille, le public est démonstratif. Lemmy sera ovationné pendant son solo sur " Fugitif ". Des inconnus m'interpellent par mon nom. La prestation est euphorique. Je m'adresse au parterre entre les morceaux car Tuborg a la gorge nouée par l'émotion. Au rappel, Patrick Scarzello nous rejoint pour interpréter " Le dernier des tailleurs de pierre ", titre extrait de son précédent album.
Après… Pelforth brunes et discussions avec les artisans de la scène bordelaise, ex Strychnine, néo Standards, ST ST ST, la tradition se perpétue.
Juste un souhait : revenir à Bordeaux.

12 Novembre 2005 Retour

Back in the van. Les vannes fusent, grivoises, scatos, niveau CE1. Ambiance colo. Le concert de Montpellier du 26 se profile et cette escapade permettra de l'aborder avec plus de sérénité. Après six heures de bitume, la jauge devient folle et induit Michel en erreur. Panne d'essence à l'entrée de Gigean. Il n'y a pas de tournées, si infimes soient elles, sans galère. L'axiome ne ment pas. Rien de grave, la station service n'est pas loin, ce sera juste une anecdote de plus à collectionner. Ce petit périple a resserré les liens et débarrassé notre cerveau des toiles d'araignées du quotidien.
Jusqu'à quand ? Rien à foutre.
Il pleut sur Montpellier et putain, je crois que nous sommes heureux…

 


Montpellier (salle TAF) Samedi 26 novembre 2005

" Lorsque Hutter arriva au château, les fantômes vinrent à sa rencontre… " (Légende du Nosferatu de Murnau).

Rendez-vous à la Secret Place avec dans les viscères tout le stress qu'implique un concert dans sa propre ville. Bad news, Jean-Marc est grippé. Chargé au paracétamol, il escompte néanmoins maltraiter ses peaux. On apprend que le boss Jean-Claude Savy (de Julie Production notre label) est dans le même état. Sound check polaire effectué bonnet sur le crâne. Tuborg a des difficultés à s'entendre (et ce n'est pas l'Alzheimer). Incertitudes et répétitions interminables pour parvenir à un résultat satisfaisant.
22 heures 45.
Après le set noisy lo-fi des étonnant Marseillais " 25 ", Stalingrad monte au front.
Mais le facteur sonne toujours deux fois. La sangle de Lemmy se décroche en pleine vérification d'accordage et sa Gibson Les Paul embrasse le béton, lésant une mécanique et la rendant inutilisable.
Le guitariste de " 25 " propose aimablement sa Stratocaster. Le public assiste au psychodrame, quel putain de reality-show !
Mais ça part… Tendus comme des arbalètes, nous assénons le répertoire à la rage, malgré les vents contraires. Jean-Marc oublie sa fièvre, Lemmy souffre sur une guitare dont il n'a point l'habitude mais maintient le cap, Tuborg se débat et essuie une panne de micro. La tension ne se relâchera qu'après le " Merci bonsoir " final. Apre soirée.
Pourtant le mal, une fois de plus nécessaire, a renforcé la solidarité. Malgré la tempête le bateau est rentré au port, même en godille, ce qui est rassurant pour la suite.
Tandis qu'on remballe, Jean-Claude Savy pavoise : 20 disques vendus dans la soirée ! Un record à la Secret Place selon le maître des lieux.

Alors à tous ceux qui nous ont soutenus ce soir-là, méga merci. Sachez que vous méritez mieux et que nous vous le donnerons.

 

MARS 2006

Montpellier (Antirouille) Vendredi 10 Mars 2006

Tout s'était décidé dix jours auparavant. Stalingrad allait bénéficier d'une date à L'Antirouille montpelliéraine plus tôt que prévu. Cette atmosphère de semi urgence convenait au groupe qui, sortant d'une période de composition, trépignait de tester live ses nouveaux rejetons. De plus, la prestation chaotique de la Secret Place méritait une bonne revanche.

L'ambiance est plus que décontractée. En effet, le confort de l'endroit (scène conséquente, sound check plus que satisfaisant et light show supérieur) gomme les inquiétudes usuelles. Otaké, le puissant quatuor punkore clapasien ouvre les hostilités avec un set serré et sonique. Les élégants bordelais Patrick et Lys Scarzello devaient partager l'affiche, mais cette opportunité ex abrupto les a pris de court. Ce n'est que partie remise.

Lumière rouge. " Nosferatu " de Art Zoyd en fond sonore. Stalingrad investit les planches et balance son répertoire agrémenté des derniers nés, l'instrumental " Stalingrad ", " Je salis tout ", " Face à mon cadavre ". Le parterre composé de vieux grognards et d'électrons libres de la nuit binaire apprécie chaleureusement, mais en toute bienséance. Pas de débordement outre les salves d'applaudissements, mais un intérêt croissant pour le show qui expire sur " I wanna be your dog " titre sur lequel Lemmy effectue un solo héroïque.
Stalingrad concrétise enfin dans sa ville, évènement digne d'être célébré en éprouvant la générosité des barmen (qui n'est pas un vain mot à L'Antirouille). Merci donc à Sergei, Nico et leur team, ainsi qu'à tous ceux et celles qui ont contribué à cette tranche de vie rock'n rollienne, mention spéciale à Marc Ginot, of course.

 

MAI 2006


Montpellier (Rockstore) Mercredi 03 Mai 2006

Première partie des 54 Nude Honeys

La date tant attendue…
Déjà, sur les marches du temple de la rue de Verdun, les divas japonaises font craquer rien qu'en essayant de prononcer " bonjour ". Au bar, même Marc Zermati, le sultan du punk, a l'air de bonne humeur et chambre allègrement sa vieille connaissance Jean Claude Savy.
Yacine, le préposé à la console, réalise un sound check impeccable tandis qu'excités comme des puces sur un caniche fraîchement tondu, les Stalingrad tournent en rond en décomptant les minutes qui les séparent de l'entrée en scène.
Les 54 Nude Honeys dispensant un show concis, il est suggéré d'allonger le set de première partie. Stalingrad préfère s'en tenir à ses quarante minutes initiales tout en différant d'une demi heure le début de sa prestation. Choix judicieux, car le groupe bénéficiera d'une plus large audience.
Montée en chaire classique, lumière rouge et " Nosferatu ".
Que dire du concert, de ce laps de temps orgasmique pour lequel…enfin. Ne sombrons pas dans l'autosatisfaction stupide, mais le plaisir est là, apparemment partagé par un public qui manifeste son approbation. " Panier de crabes ", dernier opus à tendance hard core conclut le show, claquant comme une mâchoire de pitbull.
Et puis les filles s'échappent des loges, sanglées dans leur vinyle, cuisses résillées, engoncées dans des bottes faites pour marcher sur les dos des esclaves, et sortent les yeux des orbites, frémissent les paumes d'Adam , s'emballent les palpitants. Elles rient, toujours, même en envoyant leurs bordées décibelliques.
Après, quelques discussions en anglais de cuisine, encore leurs rires, du vin rouge, leurs rires encore et damned, que demain paraîtra triste !

 

Marseille (Dan Racing) Samedi 20 Mai 2006

Oh, oh, oh…
Dans le Berlingo de Jean Marc/ Jean-Claude est intarissable/ Tuborg ronchonne dans son coin/ Lemmy pète la calamine/ Punky assume sa nuit blanche.
Oh, oh, oh…
Travaux sur la Canebière/ Dénicher le Dan Racing/ Retrouver les Otaké/ Faire la balance dans la foulée.
Oh, oh, oh…
Pizza bière sur la placette/ La serveuse a de beaux seins/ Stalingrad jouera en premier/ Le public se fait désirer.
Oh, oh, oh…
Vingt clampins azimutés/ Des post ados se roulent par terre/ Des quinquas se tirent le portrait/ Des kids métal secouent leurs crins.
Oh, oh, oh…
Les amplis sautent sur leur socle/ Punky sort son jeu de jambes/ Lemmy joue à Ron Asheton/ Jean-Marc pilonne ses tambours/ Tuborg s'essouffle au final.
Oh, oh, oh…
Otaké sème l'anarchie/ Romuald s'écrase sur le carrelage/ Nans joue toujours hors de scène/ Blitz total et pluie de bière.
Oh, oh, oh…
Jean Marc conduit le Berlingo/ Jean Claude est intarissable/ Tuborg ronchonne un peu moins/ Lemmy crache les flammes du Messerschmitt/
Punky succombe à sa nuit blanche.
Oh, oh, oh…
Oh, oh, oh…
Oh, oh, oh…

(Et sur le coup de deux heures trente du matin, s'envoyant un hamburger dans un Mac Drive dégueulasse, on se dit qu'à nos âges canoniques, faire trois cent bornes pour jouer du punk devant vingt pélucres sans ramener le moindre kopeck est un bel exemple de réussite sociale. No surrender, tous autant qu'on est !!!!)

 

MAI à DECEMBRE 2006

LOSELAND making off

Après le concert marseillais de Mai 2006, Stalingrad s'est consacré à l'élaboration du futur premier album Loseland. Bien sûr, dix titres rodés sur scène allaient y figurer, ainsi qu'une version revisitée et bodybuildée des Vieux punks qui, comme chacun sait, finissent toujours par payer.
Ces dix chansons, à savoir 45 degrés de haine, Appelez la sécurité, Face à mon cadavre, Je salis tout, Demain je sauve le Monde, Ne me touchez pas, Où étiez vous quand nous étions morts, Panier de crabes, Stalingrad (orchstrumental) et Que va penser Patrick Eudeline avaient préalablement fait l'objet d'une post-prod aux studios V2, le Vendredi Saint précisément.

Ce fut une journée intense et stakhanoviste au cours de laquelle nous réalisâmes trois à quatre prises live de chaque titre avant de faire un choix et lâcher Lemmy pour ses overdubs. Puis il a fallu éructer dans les micros et mixer à l'arrache sous la houlette de Dad, le grand timonier du lieu, impressionnant d'efficacité et d'implication. Douze heures fissurées d'une chétive pause, le temps d'avaler un bad burger, pour enfin conclure que Loseland devait transpirer la même urgence. Et de vouer le métronome aux gémonies ainsi que les prises séparées qui confèrent souvent un coté académique à tout ce qui ne souhaite être qu'un brûlot punk. Se faire enfin confiance et prendre des risques.
Loseland avait désormais une ligne de conduite.

Mais onze chansons semblaient bien insuffisantes pour un album, surtout quand la plus longue excédait à peine trois minutes tandis que la plus brève éjaculait en une minute trente. C'est donc durant la trêve estivale que Stalingrad s'est remis à composer trois titres supplémentaires. Il y avait bien sûr Ne lâche rien dans le réservoir, une tournerie de Lemmy au refrain fédérateur, mais dont les arrangements sommaires et bancals méritaient une révision complète. Il y eût donc L'arbitre des élégances dont les ouh ouh très seventies firent essuyer une larmette au vieux Jean-Claude de Julie Records. Puis Lemmy apporta un nouveau blitz ultra speedé provisoirement baptisé Rouge qui à la rentrée devint Silence et que Tuborg concéda à mes cordes vocales.

Rentrée studieuse donc, la deadline étant début Décembre. Il restait deux mois pleins pour polir, patiner, vitaminer voire relifter les quatorze élues. Entre temps, l'antédiluvien fanzine Rock Hardi avait sollicité deux titres inédits pour sa compilation et le groupe avait donné Je salis tout et Eudeline extraits des sessions Dad V2. La parution de l'opus en Octobre, certes gratifiante, soulignait néanmoins l'importance du mastering, chose dont Stalingrad devrait se soucier.
De leur côté, Jean-Claude et Anne-Marie Savy vaquaient à la conception de la pochette et du livret, soumettant leurs ébauches au quatuor. Ce fut finalement une photo de Florence Landjerit lors du concert à L'Antirouille montpelliéraine qui rafla les suffrages.
Les répétitions se déroulèrent en toute sérénité sous l'œil vigilant de Jean-Claude, avec un seul mot d'ordre : énergie. Saurions nous conserver ces impulsions une fois entrés en studio ?
C'était en fait l'unique inquiétude.

Jour J-1.
On installe le matériel en milieu d'après-midi au studio Le Woots chez le fameux Michel "Michton" Garcia qui a entre autre à son actif plusieurs albums du New-Yorkais Kevin K et celui du dandy helvético gardois Gil Rose. Les éléments sont répartis dans trois petites pièces voûtées étanches et demain nous jouerons live, casque sur les pavillons. Connaissant l'acoustique de son antre dans ses moindres aspérités, Michton préfère procéder à la disposition des micros la veille de l'enregistrement. Le lendemain, il n'y aura pas de round d'observation ni de perte de temps. Dès neuf heures du matin, Stalingrad mettra sur l'enclume ses quatorze rejetons et forgera sans répit. Ici, pas de frime ni d'auto-valorisation artistique. Les directives sont simples et claires. "Tu fais un disque pour des auditeurs, pas pour des musiciens." Il faut que le résultat global accroche, fi des détails narcissiques qui polluent le truc, ralentissent la marche et n'apportent rien de crucial.
Message reçu, Michton…

Premier jour.
Prises successives live de dix heures à quatorze heures sans même prendre le temps d'une écoute. On demeure le nez dans le guidon. Lemmy joue essentiellement en rythmique et combat les séquelles d'une semaine particulièrement harassante. Jean-Marc se sent parfaitement à l'aise et ne manque pas de nous le faire savoir. Son drumming précis et impétueux est une assurance vie. Tuborg s'inquiète d'un voile psychosomatique sur la voix. De toute façon, il ne chantera que le lendemain.
Une fois les versions sélectionnées, casse-dalle rapide et Lemmy retourne en cabine. Michton lui fait enregistrer une seconde prise de rythmiques qu'il superposera. En fin de session, l'ossature des quatorze chansons est couchée. Hébétés, nous quittons la place après une ultime écoute, notant les imperfections à corriger dès la première heure.

Deuxième jour.
Correction de parties de basse. J'éprouve une certaine difficulté à retrouver le feeling de la veille, à me remettre dans le bain. On renvoie la bande, incessamment, et la bête finit par se rendre. Jean-Claude assiste aux sessions depuis la console, aux côtés de Michton. Lemmy retrouve sa cabine pour envoyer les solis. Certains jaillissent limpides, d'autres impliquent besogne. Le comité de censure veille. A quatorze heures, on ira s'envoyer un sandwich, libérés.
Le reste appartient à Tuborg. Qui veut attaquer sans tour de chauffe par sa chanson/ écueil histoire d'en être débarrassé. Erreur. On passe à une autre et la voix se fait peu à peu, se fait si bien que les treize titres se voient quasiment couchés dès la première prise. Tout devient partie de plaisir. Quelques retouches, deux ou trois diphtongues à accentuer et je m'y colle. Michton fait subir aux chœurs le même traitement qu'aux rythmiques : doublés, voire triplés, ils gagnent en puissance et en profondeur.
Réécoute globale, mise à plat sommaire et on rentre avec un CDR en poche, matière à méditer jusqu'à la semaine prochaine.

Troisième jour. (7 jours plus tard)
Quelques petits arrangements matinaux avant d'entamer la rude étape des mixages et masterings : Tuborg ajoute une note de piano en staccato sur un passage, puis demande l'inclusion d'un glas sur le même titre, des sirènes se voient mixées sur un autre, je pimente la sauce de cris supplémentaires, on efface diverses scories…
Et on attaque la douloureuse. Conformément aux directives de Michton, Jean-Claude et Lemmy ne viendront qu'en début d'après midi, avec des "oreilles neuves". Pas de fioritures.
Juste trouver le bon équilibre sur une chanson cobaye, le répercuter sur les treize restantes et masteriser. La vitesse d'exécution de l'ingénieur du son est phénoménale. Nos questions anxieuses sont balayées par des arguments d'une telle évidence qu'on se sent ridicules de les avoir posées. Lorsque débarquent Lemmy et Jean-Claude, le bateau est en état de flotter. S'ensuivront sept heures d'écoute non stop à travers les diverses phases d'un mastering en temps réel au cours desquelles chacun tendra vers l'optimisation du produit. Nous en ressortirons KO debout. On voulait de l'urgence, nous avons été servis…

Alors, à quoi ressemble l'album?
J'ai mis un bon moment à le comprendre, saturé que j'étais après ces trois jours infernaux. Bien simple, je n'entendais que détails perfectibles, car une fois abandonné le filet sécurisant des prises séparées et le repère orthonormé du click, le miroir renvoyait notre vrai visage et je n'étais peut être pas prêt à le contempler.
Je me persuadais avoir enregistré un disque de power pop puis, lors d'une autre écoute, entendais du hard rock, et si je m'en autorisais une troisième, un punk rock millésimé 77 dégoulinait des baffles.
Quand Jean Marc, absent lors de la session mastering découvrira le produit fini, il lâchera
"De tous les enregistrements que j'ai effectués, c'est le seul qui me donne l'impression D'AVOIR FAIT UN DISQUE."
Car bien sûr, tout est là.
Nous sommes réellement sur cette galette. Avec nos années sur le râble, nos frustrations accumulées, nos influences digérées, nos scories, nos fantômes, et tout cela suinte à travers le laser. Et pourtant… En vieux ados, on conservait encore en nous le processus d'identification. On se la jouait toujours dans nos têtes et nous voilà soudain réels, tels qu'en nous-mêmes.
Ce truc est une somme. D'années, d'amours, de rage, de frénésie, comme un ultime raout avant la suite...
Et je l'aime, comme je parviens peu à peu à m'encaisser. J'irai même jusqu'à dire que nous sommes des mecs bien.

Loseland garçons et filles ? La plus belle défaite que l'on puisse se souhaiter…


FEVRIER 2007

"Two punk bullets in your face!"
Valence (Le Caliente) Samedi 24 février 2007

Les habitants de Valence répondent au doux nom de Valentinois. Une délicate appellation suggérant flâneries romantiques sur les rives du Rhône parachevées par un dîner chez bien sûr Anne Sophie Pic, récemment intronisée dans le cercle restreint des triple étoilés.
Mais le rêve s'arrête là. Car Valence a faim.

" Ville de morts ! " hurle David, tatoueur de son état, alors que la maréchaussée vient d'écourter le set séminal des Bruxellois Périphérique Est.
Dans l'exigue rhumerie Le Caliente, ils sont près d'une centaine à s'entasser, affamés de frissons binaires. Pour cela, ils ont acquitté leur droit d'entrée sans barguigner et ainsi soutenu la cause des dynamiques associations Rutabaga Connexion et Oddball Produkt qui tentent de perturber la léthargie locale.
Parce que Valence dort dès 21 heures sonnées, que voisins et rondes de police traquent le décibel sauvage, et qu'il devient de plus en plus ardu de se faire entendre dans tout ce silence.

De la taille d'un mouchoir de poche, la scène accueille difficilement le matériel pourtant sobre des deux groupes. Tout mouvement brusque constitue un attentat à la personne d'autrui. Néanmoins ça va bouger. Et suer…

A 21h 45, Stalingrad investit le sauna et tire ses premières bordées électriques depuis la sortie de " Loseland ". Tendu sur les quatre premiers titres of course, le groupe se relâche à partir de " Surtout pas s'en mêler " et mitraille stoïquement, happant péniblement quelques bouffées d'oxygène. Les hochements approbateurs de Jean Claude en façade nous font comprendre que nous sommes dans le vrai.
Tuborg, pieds vissés sur l'estrade, donne du poids à ses mots via une gestuelle ad hoc. Derrière lui, comme écrasé dans une Vierge de Nuremberg, Lemmy riffe cruellement et délivre des interprétations de " Fugitif " et " Six milliards d'ennemis " suscitant l'ovation. Insensible à la température, Jean Marc matraque euphorique un tempo d'adolescent hyperactif. Quant à moi, pork pie hat sur le crâne, je suis tellement galvanisé par ces Valentinois et Valentinoises reprenant nos refrains qu'ils ne connaissaient pourtant pas, que je double à l'unisson les vocaux de Tuborg. Ce soir, " Ne lâche rien ", " Les vieux punks " et " Je sauve le monde " prennent des allures d'hymnes, du moins dans ma pauvre tête d'éternel naïf.

Ensuite, Périphérique Est prend le relais, enchaînant des brûlots orgasmiques estampillés 77 sans même prendre le temps de se désaltérer. Sec et nerveux, coloré par le son des amplis Vox, le répertoire est une jubilatoire machine à pogo.
Auparavant au catering, ces belges volubiles épaulés par Fred (également guitariste d'Opération S) nous ont régalé d'anecdotes sur leur showbiz national.
Là, dans la fournaise, noyés par leur sueur, ils nous gratifient de vignettes punks telles que " Dératé ", " Système D " ou " Rock d'ici ". Je saute en l'air en permanence, oubliant mes rotules flinguées, hydraté par la bière glacée qui a un degré de plus que l'eau.

Après l'ultimatum des pandores (oh, il ne manquait que quatre chansons somme toute), Fred passe aux platines et offre un bouquet de singles punks incunables et francophones, repris en chœur par les plus érudits.
Quelle nuit !!!

On se souviendra de Valence, de l'accueil généreux de Vivien et ses comparses et de la chaleur de ce public à forte densité féminine. (Lemmy gardera à jamais dans la rétine l'image de la superbe brune qui viendra le féliciter après le set ; Tuborg et moi décernerons la palme à une blondinette aux bras tatoués de roses, serrée de près on le comprend, par son copain tatoueur au look éblouissant).
Au matin, passant devant le temple d'Anne Sophie Pic, on comprend qu'avoir faim ne signifie pas forcément perdre le goût.
Valentinois, Valentinoises, merci encore, merci pour tout…


 

AVRIL 2007

Narbonne (L'Art Bar) Samedi 07 avril 2007

Deux kids aux prénoms monosyllabiques laissent derrière eux Lézignan, leur lieu de résidence, espérant l'éventuel frisson électrique d'un samedi en ville. Piercings, tignasse aile de corbaque, T shirts frappés du pentagramme et sac à dos bourré de canettes, ils débarquent à l'Art Bar narbonnais, estaminet on ne peut plus exigu, pour découvrir un combo punk old school.

Hans, routard allemand aux poches trouées s' y trouve également. Recroquevillé sous la bordée décibellique, il en profite pour aérer son rat, lui offrant des vacances surprises sur les épaules des autres.

Une ribambelle de quadras biterrois s'est réunie par amitié, pour passer un bon moment et boire quelques verres en hurlant des refrains à l'unisson. Le long du comptoir qui occupe la moitié du local, ce sont deux à trois rangées d'habitués qui s'adossent et vocifèrent à l'attention du groupe, alors que les bières surfent de mains en mains.

Les vieux punks finissent toujours par payer de leur personne. Démarre alors un périlleux rodéo en espace confiné.
Les deux kids entrent en transe, s'agenouillent contre le baffle Marshall du guitariste en secouant leurs neurones déjà amoindris, galvanisant le vieux sanglier qui riffe et lacère l'atmosphère épaisse comme du manioc. Puis répondent à l'invitation du chanteur exsangue qui tend le micro pour " Je sauve le monde " et " Ne lâche rien ".
Calé contre l'unique retour, Hans semble tourner en vrille dans le carrelage. Des quatre coins du bar fusent encouragements et vannes alcoolisées. On distingue même des remerciements.

Car l'Art Bar est l'oasis rock narbonnaise, si petite soit elle, que Christelle et son mari drivent depuis un an. Ici, tout y est chaleureux, du fakir piercé au pochtron rougeâtre, du couple dandy and roll au biker célibataire. Les villes affamées n'ont point de complexe de supériorité, ce qui les pousse à réagir à l'électricité.
Olivier, bassiste du binôme Trebob, assure la sono et organise le concert par le biais de son association. Et ça booste. Ce soir, Stalingrad a joué dans la place. Set heureux, cela va sans dire. Le répertoire a même paru court.

Sur le trottoir, je devise avec les deux kids qui ont acheté " Loseland " et commentent les chansons. Ils veulent eux aussi fonder leur propre combo mais hésitent encore quant à leur orientation. Ce soir, ils ne rentreront pas à la maison. Ayant suffisamment de bières dans le sac pour supporter la nuit printanière, ils prolongeront l'aventure. Projettent même de nous retrouver à Bordeaux le 16 Juin. Dans leurs yeux, toute l'énergie et l'espoir du monde…

Voilà pourquoi, chers arbitres des élégances, voilà pourquoi…



MAI 2007

Montpellier (Antirouille) Vendredi 11 Mai 2007

Jouer dans sa propre ville, c'est comme retourner à l'église. On a bien sûr quelques mercis à dire, des choses à demander, et beaucoup d'autres à se faire pardonner. Fouler des planches montpelliéraines constitue toujours une gageure. Certes, " Loseland " bénéficie d'un accueil plus que positif, mais demeurent en mémoire les suspicions locales quant au premier essai et son médiocre concert de parution. Alors, reprenons l'affaire à zéro.

Durant la semaine précédant le set, Lemmy a souffert d'une infection de l'oreille interne. Son pavillon gauche étant encore amoindri, nous décidons lors de la balance d'inverser la disposition scénique. A l'Antirouille, lorsque Bertrand officie aux manettes il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Le soundcheck s'effectue donc dans la sérénité, mais nous redoutons l'attente, qui, comme le chantait Starshooter, " Tord les boyaux et rend marteau ". Ce soir, sortie d'album oblige, il est nécessaire de boxer en champions. L'affiche initiale qui prévoyait Elvis Zombies en ouverture s'est vue renforcée par Monalisa, un quintet de Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Aux alentours de 21h 30, ces derniers délivrent un set métronomique face à un auditoire attentif. Leur pop repose sur une charpente de métal ce qui la rend bougrement efficace, mais on n'a pas loisir de l'apprécier à sa juste valeur. Car dans la salle qui se remplit peu à peu, on salue, embrasse, serre des louches à tout va, trouvant à chaque occasion la phrase idoine pour afficher un semblant de décontraction alors que titille l'impatience. Quand l'inaction pèse trop, on se réfugie dans la loge minuscule, sous prétexte d'une discussion au calme, relatif cela va sans dire, car parviennent bien que filtrés les décibels des Elvis Zombies. Qui réalisent une prestation psycho drolatique, drivés par un Pascal Planas hyperactif.
Cross over réussi entre Vierges et Shériff, leur rock'n'roll estampillé 100 % Montpellier emballe le parterre.
Compte à rebours. Suivant leur setlist, il ne reste plus que trois chansons, puis deux, on s'en veut quand même de ne pouvoir jouir pleinement du concert, mais faut être au jeu, accordage, réaccordage, plus qu'une, un crusher nommé " Tout à fond " qui atomise les incrédules.
Nous voilà dans les starting blocks.
Des Elvis en sueur nous encouragent alors qu'on les congratule pour leur remarquable prestation. Trêve de salamalecs, action. On devait comme a l'accoutumée entrer en scène sous l'angoissant Nosferatu d'Art Zoïd, mais une fois l'installation et le checking technique terminé, nous choisissons de rester sur les planches et d'attaquer direct, sans frime. Comme je le déclarais auparavant à un kid, si l'âge apporte à la cause binaire, c'est bien par l'atténuation du paraître. On joue certes, mais on ne se la joue plus.
OK garçon, mais tout reste à prouver.

 

L'instrumental " Stalingrad " déboule, idéal pour prendre nos marques, nous habituer à cette configuration scénique inversée. S'enchaînent " Coupables ", " Ne me touchez pas ", " Je salis tout " et on entre dans le vif du sujet. Tuborg, en forme, mime les chansons avec cette touchante conviction qui agace tant les cuistres. Lemmy se lâche peu à peu et investit pour la première fois le devant de scène, juxtaposant solis ashetoniens et rythmiques barbelées. Ce soir est son soir. Jean-Marc assure un drumming brillant, même s'il avouera plus tard s'être un peu senti " autre ".

Comme je le comprends !
On est à Montpellier, il faut convaincre nos pairs, sachant qu'une bonne prestation impliquera sympathie alors qu'un fiasco se répercutera quotidiennement. Il y a le poids moral de la responsabilité, l'obligation d'être à la hauteur, de prouver que l'on n'occupe pas la tête d'affiche par simple caprice, et tout cela tourne dans mon esprit, me faisant commettre quelques imprécisions tandis que je guette les réactions du public.
Car il y en a un. Pas un aréopage d'aficionados, ni une simple claque de proches, encore moins un conglomérat d'habitués scotché au zinc. Une masse stratifiée de tous âges. Il y a des quinquagénaires qui n'ont jamais lâché le morceau, des quadras survivants des grandes guerres soniques, et des teenagers électriques pogotant timidement. Ce genre de melting pot générationnel nous avait agréablement surpris à Valence et Narbonne. Si le fait se réitère au sein de la cité des Guilhems, c'est qu'il y a quelque chose dans l'air. Il est en effet émotionnant d'entendre (réentendre ?) le son d'une ovation nourrie plutôt que les clapos conventionnels, de lire ses propres refrains sur des lèvres mutines et de voir se trémousser des corps ne boudant pas leur plaisir.
Ce qui signifie peut-être que nous sommes capables d'en donner.
Le show s'emballe avec " Les vieux punks ", " 45 degrés de haine " après le désormais classique raout de Lemmy sur " Fugitif ". On remercie, remercie encore ces hommes, femmes, garçons et filles qui nous transportent et mettent sur orbite ce vieux rêve de la seconde chance, nous gratifiant d'un rappel, un vrai, voyant le caustique " Euthanasie " des Olievensteins conclure une soirée que l'on n'osait espérer.

Après, on nous félicitera pour notre mise en place, notre son (merci Bertrand), les lights (merci Nico),notre prestation scénique, sensation agréable certes, mais qui ne fait pas oublier que sans une audience concernée nous ne sommes rien, que tout ce rock'n'roll est constitué de 10 % de musique et 90 % d'autre chose, et que s'il y a eu succès ce soir-là, c'est celui d'un public venu prendre du bon temps, concept oublié dans la technopole.
Oh, Stalingrad n'est pas étranger à cela, surtout pas de fausse modestie, mais notre punk rock résulte d'une alchimie humaine dont il serait insensé de ne point admettre la précarité.
Campés au beau milieu de notre quatrième décennie, nous claquons une partie gratuite grâce à l'extraballe, ce qui n'empêchera certainement pas les Naast de dormir, mais nous aidera à affronter nos démons intimes.
Que ceux qui en doutent aillent se faire foutre...

Voir aussi les superbes photos de la soirée par Marc Ginot :

 

JUIN 2007

Bordeaux (Le Fiacre) Samedi 16 Juin 2007

Action ! Action !
Burdigala ville capitale doit être ralliée au " Loseland " !
Le concert de ce soir est lourd de sens, surtout pour Tuborg qui surfe sur sa vague vertueuse, à savoir un roman élogieusement chroniqué dans Rock & Folk et une réédition prochaine des œuvres de Stalag en vinyle. Certes, mais le groupe désire ardemment Bordeaux, pas seulement pour flatter l'ego du chanteur aux spikes blancs. C'est que le Fiacre nous a séduits lors d'un froid vendredi de novembre, alors que nous doutions encore de la légitimité du projet. Depuis, il nous tarde de réentendre les saillies graveleuses du taulier Seb "Vergeat" "Mazout", la voix mate de Sarah, le cliquètement des Beatles boots de Scarzello et des talons aiguille de son éblouissante Lys, de revoir les pavés de la rue du Loup, la masse gothique de la cathédrale sur la place Pey-Berland, et de sentir flotter l'esprit des guerriers soniques magnifiés dans le récent ouvrage "Bordeaux Rock". Après tout, nous sommes chez nous, perpétuant la tradition des groupes en ST, alliant mémoire à l'urgence du présent.

Action ! Action !
Nous grimpons donc la fleur au fusil dans le van de Charlie (Mum is Trunk, Illegal Process).
Les kilomètres goulûment avalés, nous nous garons face au Fiacre, accueillis par le tonitruant Seb et déchargeons le matos via un escalier en colimaçon assassin débouchant sur une cave presque aussi malodorante que celle du Doyen vingt ans plus tôt. Les Mongol Rodeo sont là, des jeunes mecs à bonne bouille qui ouvriront les hostilités par des salves punk'n'roll.
Alors qu'on balance sur "Lâche-moi" de Strychnine, repris pour l'occasion, le couple Scarzellien arrive. Leur combo La Poupée Barbue vient de splitter dans la douleur, et malgré ces bleus à l'âme, ils espèrent une soirée jouissive. Interdiction de décevoir.

Action ! Action !
Mongol Rodeo défouraille à 22 heures 30. Ils sont bons, très bons. Trop ? Toujours la même vieille angoisse : comment passer après çà ? Je monte faire prendre l'air à mes nerfs. Tuborg me rejoint tout excité, car les mecs viennent de passer au karcher "Svalutation" de Celentano. Enorme selon ses dires. Et j'ai raté ça.
Thierry s'assombrit soudain, réalisant qu'aucun de ses séides d'antan n'est venu, excepté Sarah. Mais la cave est bondée de jeunes et bordel, tout est mieux ainsi. Chaque ville possède une intelligentsia aux dorures passées, quelque peu imbue de sa personne, qui inconsciemment se laisse aller à jouer au censeur. Quel intérêt de jouer devant ces quadras monolithiques plus enclins au persiflage qu'au chahut ?
Généraliser serait cependant une erreur.
Preuve en sont ces pub-rockers chenus qui me décrivent leur bonheur d'avoir assuré la première partie de Wilko Johnson, ces basques qui distribuent des flyers pour un festival à forte tendance ska rebelle, et ces punks à chiens canoniques qui garent leur brigade canine devant le Fiacre et acquittent sans barguigner l'écot du concert.

Action ! Action !
La cave n'est plus qu'une étuve. La buée se forme sur les guitares dès que sorties des housses. Prévenant, Seb a disposé des serviettes sur les pieds de micros.
On attaque. Réaction immédiate. Pour la première fois, nous n'aurons pas à ferrailler six chansons durant avant d'obtenir réponse. Concernés, les Bordelais. Faut préciser que Seb leur a fait bouffer du "Loseland" à tous les repas. Jean-Marc peste contre une grosse caisse qui avance, Lemmy se noie dans son jus, Tuborg est quasiment hors scène pour fusionner avec le public et je deviens cariclo complet. Totale catharsis. Inversion de la set list. Les punks précités sautent comme des haricots mexicains. Je hurle en jouant, grimace, manque assommer un Lemmy encastré dans la voûte de pierre et ressens dans les entrailles une antique chaleur. Nous sommes tous mouillés des pieds à la tête. Hydratons ! Hydratons ! Dès que Jean-Marc envoie le tom basse, c'est la guerre. Lemmy cisaille des solis venimeux. Tuborg maltraite sa gorge, roule des R tel une rivière en crue. "45 degrés de haine" est introduit en swing improvisé. J'exhorte, juste pour le plaisir d'un hurlement en retour. On dédicace "Ne lâche rien" au Fiacre, à Seb, aux Mongol Rodéo qui nous ont précédemment honorés, et à tous les acteurs de la soirée. Le temps passe trop vite. Je sais déjà que je n'aurais cesse de revivre une telle expérience et répugne à quitter la scène, même si on nous signale que l'heure légale est dépassée.
Le classique de Strychnine "Lâche-moi" est propulsé d'autorité en conclusion. Je passerai le solo de Lemmy la tête dans le giron des vieux punks échevelés livides. Tuborg chantera bras replié derrière le dos, vibrant hommage à Kick, son père spirituel de Strychnine. Et ces gosses hurleront jusqu'à ce que Mam's, le sonorisateur, balance un CD en "Ite missa est".
Et Sarah en prenant congé conservera la set list. Et les vieux punks nous embrasseront. Et les jeunes viendront discuter autour d'une bière.
Et certains en lisant ces lignes pourront prétendre que, suivant l'expression à la mode, on se la pète, alors que c'est tout le contraire.
Car on sait qu'un de ces foutus matins, le temps aura tout emporté, qu'il n'y aura plus de troquet classieux nommé Le Fiacre, plus de rockers romantiques sur les pavés bordelais, plus de van cahotant transportant le dernier rêve d'un quarteron de grognards, plus de gamins reprenant en chœur les refrains de groupes quasi inconnus, et puis merde …
Action ! Action !

Bordeaux s'efface du rétroviseur. Me revient en mémoire une chanson composée après notre première prestation au Fiacre, que nous avions jugé faiblarde et abandonnée par la suite :

Pubère punk à Bordeaux
Lors des années sauvages
Crachant dans un micro
Pour faire tir de barrage
Bien des années après
De retour à BX
Tout péché pardonné
Mais la même idée fixe

Grande gueule à Montpeul
Jamais loin des castagnes
Humour au vitriol
Et châteaux en Espagne
Bien des années après
Toujours sur les affiches
La mémoire est couchée
Mais la même idée fixe

Rien n'est comme avant
Rue des Sœurs Noires ou Pey Berland
Un millénaire pour exister
De Bordeaux à Montpellier

Conclusion somme toute valable…

 

Lunel (Le Saxon) Vendredi 29 juin 2007

Une zone industrielle aux abords d'une non ville au passé lourd de tradition et au présent vide de sens. Je dois être franc : conclure la saison à Lunel ne m'enchantait guère. Mais bon, les amis d'Elvis Zombies avaient mis le paquet, se chargeant de l'affichage et des négociations. La règle élémentaire de la politesse étant de ne point jouer les rabats joie, c'est donc sans sourciller que je me garai devant l'édifice.
Afflua derechef une marée de mauvais souvenirs. Lorsque quinze ans plus tôt, des concerts sinistres à crever plombaient mes lambeaux d'enthousiasme. Ouais, j'avais trop connu de nuits hors sujet, de chansons n'ébranlant personne exécutées la mort dans l'âme, d'arrières salles et de hangars quasi vides au son innommable, de regards torves, de railleries, de théories lourdingues de poivrots subitement métamorphosés en conseillers artistiques, bref, trop de tue l'amour plongeant la noble croisade dans le marigot du ridicule.
Et souvent, ces funestes soirées avaient lieu dans la même bande frontalière entre Gard et Hérault.
Sur le gravier du Saxon, je sentis les vieux spectres m'entourer.
Comme si l'aventure devait s'arrêter là, au premier rush de l'été.

Sound check maussade mais néanmoins correct. Les Elvis Zombies prennent le relais, éprouvant certaines difficultés à équilibrer caisse claire et contrebasse, mais leur humeur légère est contagieuse. Xavier, le tenancier, arbore ainsi que ses potes un look de biker millésimé. Quand il installe au dehors tables pliantes et barbecue, les démons qui me harcèlent semblent exorcisés. Non, le Saxon n'est pas une aberration à laquelle on a vaguement accolé le mot rock. L'accueil est vraiment chaleureux et au fil de la discussion, nous découvrons un cercle de potes concernés, plus désireux de se goinfrer de décibels que de fourguer de la limonade.
Petit à petit, alors que le jour décline, arrivent quelques personnes, atténuant l'angoisse de la salle vide. Cependant la douceur de la soirée peut suggérer de siroter la mousse au dehors et de profiter d'un fond musical ne nuisant point aux papotages. Ce qui serait mortel.
Oh, ils ne sont pas nombreux, une quarantaine environ, et s'il s'agit de badauds venus se jeter un godet, nous courons droit au naufrage. Je crois avoir précédemment écrit que nous ne sommes rien sans ces gens, malgré nos petits égos, nos jolis instruments et notre technique si ardûment acquise.

Alors qui sont ils ce soir ?
Il y a un iroquois activiste au T shirt Metal Urbain qui affiche et distribue des flyers de ses prochaines organisations. Le mec est venu de Pont-Saint-Esprit pour assister au set, déplacement qu'il qualifie de banal, puisque avouant avoir déjà roulé mille bornes pour un simple concert. Son complice est un briscard de la scène alternative, car officiant depuis quinze ans au sein du combo punk vauclusien Fiction Romance.
Un rude garçon blond traverse la salle sur sa chaise roulante, accompagné par sa magnifique égérie, une brunette en short en cuir et talons aiguilles. Des gaziers au visage marqué s'asseyent à une table proche de la scène. Une portée de kids attend bien sagement le début des hostilités. Des habitués au look motard boivent sans rien laisser transparaître. Et bien sûr, il y a quelques fidèles des deux groupes, Hélène, des amis communs, même de la famille corse en ce qui me concerne. De quoi faire…


Toujours aussi revigorants, les Elvis Zombies…
Quelques imprécisions par ci, un faux départ par là, mais une fougue inaltérable qui de "Marécages" à "Son bijou" secouera les occiputs, enfonçant fort à propos le clou avec "Suzy is a headbanger" reprise d'un obscur quatuor aux baskets qui puent.
Ben est vraiment un putain de contrebassiste et lorsqu'on sait qu'il ne maltraite la grande dame que depuis septembre, cela laisse pantois. Ed le surfeur revisite les plans mythiques, du twangin' au fuzz garage, fourguant à prix d'ami, excusez du peu Duane Eddy, Dick Dale et P. Paul Fenech. Quant à Didier le batteur, eh bien il apprend ce soir qu'il exécute un Diddley Beat sans le savoir sur "Toutes les filles sont folles".
Et mon ami Pascal… Il l'avait tant voulu ce groupe, tant fait de concessions dans des formations tristounettes pour ne jamais lâcher le morceau, qu'il exulte littéralement à chaque titre , hurlant, sautant, se roulant par terre, lui qui connaît si bien la valeur de la seconde chance.

Et nous revoilà, tiens.
Lemmy demeure concentré sur son manche, ne cillant pas de tout le set. Précis, chirurgical même, accomplissant le contrat tel un tueur à gage tandis que Jean-Marc, par contre, tabasse jovialement depuis son petit promontoire. Tuborg ne s'entend pas très bien dans l'unique retour, et parfois s'imagine chanter faux, ce qui est une excellente chose car ça le rend particulièrement agressif. Vêtu intégralement de noir, il malmène son pied de micro, feule, articule outrageusement et fait mine de s'étrangler avec le fil. Le groupe enchaîne sans aucun temps mort, à ma grande satisfaction. J'arpente la scène, tout léger dans mes Converse, allant de Lemmy à Tuborg, exhortant les gens à gueuler. Sur "Les vieux punks", les Elvis Zombies débouleront, improvisant chorale et ballet. Lorsque l'éminence grise des Fiction Romance clamera son savoir sur les groupes bordelais en ST, c'est "Lâche-moi" de Strychnine qui sera opportunément envoyé. Bien que démarré de manière quelque peu syndicale, ce concert aura gagné en précision et en intensité.
On est certes loin de l'hystérie bordelaise, mais la performance de ce soir correspond à l'attente du public.

Un public assurément attentif, qui de l'intro des Elvis Zombies au final de Stalingrad n'a point quitté la salle, ne serait ce que pour prendre un bol d'air dans l'agréable courette. Chaque titre a été salué d'une salve d'applaudissements nourrie. L'intérêt était tel que certains sont venus après commenter les lyrics, au grand soulagement de Tuborg. Jean-Claude, quelque peu timoré depuis l'annulation ex abrupto de notre set au Subsonic (Cause de décès familial chez un membre du groupe), retrouve le sourire en vendant quelques exemplaires de "Loseland". En fait, c'est con à dire, mais tout le monde est content.
Jusqu'à Xavier, maître du lieu, qui nous propose une date en hiver, nous assurant une centaine de personnes de plus.

De quoi tirer certains enseignements :
1/ La paire Stalingrad/ Elvis Zombies semble fonctionner.
2/ Qualité vaut mieux que nombre.
3/ En ce qui me concerne, mieux vaut cesser les comparaisons avec un passé décomposé.

Bonnes vacances, en espérant que l'été arrive enfin…


.OCTOBRE 2007

"Les 20 ans de VICTOIRE 2" (Montpellier), le vendredi 26 octobre 2007

Wham bam !
Trois chansons éjaculées vite fait sur les planches de V2 à l'occasion du vingtième anniversaire de la salle.
Vingt ans donc, et vingt groupes qui se succèdent à l'arrache, comme dans ces rendez-vous de célibataires ou l'on doit concrétiser en dix minutes. Backstage il y a du monde, évidemment. Des visages réapparaissent, certains maltraités par la vie, d'autres empreints d'une sérénité patiemment acquise. Embrassades, vannes conventionnelles, petits mots gentils, mais personne n'a réellement le temps ou l'envie d'assister à la prestation d'autrui. Tout juste parvient-on à conserver le minimum de concentration nécessaire pour assurer son set avec la bizarre sensation d'avoir oublié quelque chose en coulisse. On s'y colle à 22 heures précises, car le timing est helvétique, envoyant "Face à mon Cadavre", "Je salis tout" et "Appelez la Sécurité" sans même se regarder.
L'érection est à peine ébauchée qu'il faut remettre sabre au fourreau.
Frustration logique lors du retour aux vestiaires.
C'est la règle de la soirée, à laquelle se plieront de bonne grâce les vingt formations invitées.
Dans la salle un public nombreux et chaleureux se délectera de ce plateau de variétés à géométrie variable. L'ambiance sera amicale et détendue. Tuborg enthousiaste, savourera le moment de façon épicurienne, s'affolant tantôt pour Dimoné et Nat Yot, tantôt pour The Hop La et Général Alcazar, devisant avec les suscités dans les loges. Lemmy, d'abord inquiet à l'idée de jouer sans sound check sur un matériel commun, repartira revigoré et gonflé à bloc. Jean-Marc, Mr No Problem, fera preuve de flegme et de ressource, même en cassant une baguette durant l'assaut. Quant à moi, d'humeur contrastée (Montpellier oblige), j'oscillerai entre plaisir et tension.
C'était l'anniversaire de V2, et pour Isabelle, Shintoff, Bud, Fred, Samantha et les autres, en aucun cas n'aurions voulu être ailleurs…

 

 

NOVEMBRE 2007

Tulle (Salle des Lendemains qui Chantent, avec Parabellum et Têtes d'Ouf), Samedi 24 novembre 2007

Jean-Claude Savy de Julie Prod a décidé que ce serait son ultime partenariat. Désire son grand finale, le bougre. Il est cependant vrai que cette date constitue le point d'orgue de son management, tant pour les conditions négociées que pour l'excitation rock'n'rollienne. Stalingrad ne prend point ombrage de sa décision de vieux gamin, sachant qu'il ne résistera pas à une invitation prochaine, surtout si le périple s'avère prometteur. Alors dès dix heures trente, la caravane drivée par Charlie (Mum is Trunk, Illegal Process) s'ébranle pour rallier la ville des pendus. Emoustillé comme un tambour major dans un vestiaire de majorettes, Jean-Claude déclare déjà que cette adrénaline risque de lui manquer. Jean-Marc, radieux, officie comme copilote, Lemmy ne desserrera les mâchoires qu'en cas d'alerte à la bombe, Tuborg parvient à imiter le son du freinage en pente abrupte grâce à une trachéite partiellement somatisée, et moi, galure sur les yeux tel John Wayne, je tente de rattraper une nuit blanche pathologique.
L'ambiance colo perdure lors de la halte repas dans un bled au dessus de Rodez lorsque Tuborg, Jean-Claude et Charlie affrontent un civet de cerf plus faisandé que la créature de Frankenstein (le cerf vaincra).
La patronne perspicace demande "Vous êtes du spectacle ?" et souhaite bonne route. A Figeac, nos amis de la maréchaussée feront de même après avoir immobilisé le van une demi-heure et collé un manche au pauvre Charlie. Il n y a que Jean-Claude pour jouir de telles péripéties. La tension monte. Nous avons pris du retard, le trajet semble s'étirer, la morne cambrousse de novembre se referme et à quinze bornes de Brive, les organisateurs téléphonent, inquiets du contretemps. Ajoutons un bouchon sabbatique briviste, une erreur d'itinéraire, et nous voilà devant la salle des Lendemains qui Chantent flapis et honteux.
L'endroit est magnifique, l'équivalent de Victoire 2, mais de 450 places. Parabellum a terminé son sound check, les Têtes D'Ouf effectuent le leur, et on apprend en frissonnant que, programmés en seconde position, nous balancerons live pour des raisons techniques évidentes. Eh oui, on est à la bourre, on ne va pas en plus la ramener… Surtout que l'équipe des Lendemains se met en quatre pour nous satisfaire. Nous n'avons besoin que de déstresser et visitons le complexe, atterrissant dans la loge que nous partageons avec Parabellum.
Apéro collectif au bar. Superbement cornaquée par Christine et Daniel, l'association des Lendemains est une affaire quasi familiale. Il est nécéssaire de se serrer les coudes quand on partage la même passion dans une petite ville reculée que le froid semble engourdir. On ressent la chaleur de ces gens, heureux de vivre leur truc, professionnels remarquables avec la touche de classe consistant à ne rien laisser paraître.
On parle, bien sûr.
De l'ancienne scène montpelliéraine qui a marqué la mémoire de Tulle et dont la légende se répercute chez les plus jeunes (notamment la craquante Karine, guitariste des Têtes d'Ouf, qui s'enquiert des activités actuelles des OTH iens) ;
De l'actualité, de nos connaissances communes, Schultz et Sven de Parabellum étant particulièrement diserts, et arrive l'heure du restau, attention superflue en ce qui concerne Stalingrad car un nœud à l'estomac persistant nous empêche d'apprécier les agapes.
On retourne à la salle après quinze bornes supplémentaires de départementale tortueuse. Le froid humide transperce mais ne décourage pas les kids qui font le pied de grue devant l'entrée. Evidemment, c'est plein à craquer. Pensez donc ! Douze euros l'entrée, sept seulement pour les adhérents, sachant que l'adhésion annuelle est de sept euros, jouons aux comparaisons…
Les Têtes d'Ouf investissent fébrilement les planches. Le groupe existe depuis trois ans environ, mais vient de stabiliser récemment son line up. Locaux de l'étape dans la salle principale de leur région, ils veulent frapper un grand coup et défouraillent un punk alterno agrémenté de djembé.
Dans les loges on tue le temps avec Parabellum, détaillant les graffitis ésotérico-dadaïstes accumulés sur les murs. Lemmy s'accorde derrière le rideau noir. L'absence de sound check ajoute à la nervosité. Du backstage aux loges et vice versa. Charlie prétend que le trac n'a pas lieu d'être lorsqu'on joue du punk rock. Tentant de faire nôtre sa maxime, on s'apprête au combat tandis que les Têtes d'Ouf sortent sous l'ovation, rompus et repus. Le chanteur prolonge ses trois quart d'heure de gloire, devisant assis sur le bord de scène avec ses fans, armé d'une bouteille de Zubrowska.
On s'installe rapidement, la batterie étant pré-assemblée et mon ampli déjà sur scène. Réaccordage urgent. Doum, doum, poum, tchac, gring, grang, un, deux !
Quatre mesures pour toute balance. Go !
Bizarre sensation que de découvrir scène, salle et public sous les lights en envoyant les premières chansons. On ne se regarde pas. Je sais pertinemment que Lemmy demeure monolithique, que Tuborg mime les lyrics et que Jean-Marc tabasse malgré quelque instabilité matérielle. Le répertoire se déroule tandis qu'une vingtaine de kids pogote sans relâche, tranchant une demi-lune dans la foule compacte. Le devant de scène est jeune, très jeune, ce qui nourrit et justifie nos croyances. Ovations. Sueur qui brûle la peau. Pas vraiment le temps d'essuyer, déjà que Tuborg me trouve longuet dans la présentation de certains titres…
Dédicacer le concert à Jean-Claude avant d'attaquer Ne lâche rien, turbiner à toute berzingue Panier de crabes manquant larguer Lemmy en route, conclure par un Euthanasie galeux et nous retrouver en coulisse avec dans les feuilles l'écho des clameurs, nous demandant si "ça l'a fait".
Tuborg ronchonne, prétextant quatre chansons un peu molles à son goût. Lemmy, taciturne, estime ne pas avoir été très bon, Jean-Marc semble relativement satisfait et je doute, pour changer.
Retour sur les planches afin de déblayer le matos.
Les gosses des premiers rangs m'interpellent et me tendent la main, adressant félicitations et encouragements à Stalingrad ; vont même jusqu'à nous remercier d'être venus, chose qui me surprend toujours, car habitué à justifier notre existence auprès de certains arbitres des élégances.
Jean-Claude débarque backstage, aux anges, flanqué d'un Charlie ayant officié comme assesseur à la table de mixage. Ca l'a fait, disent ils, Parabellum et le staff des Lendemains le confirment. Nos impressions mitigées s'évaporent. Un concert se passe en façade. Les tracasseries narcissiques de semi musicos doivent aller à l'égout (remember les enseignements de Michton lors de l'enregistrement de Loseland).Nous ne cessons d'apprendre et ne voulons point mourir…
Surtout quand Schultz et sa bande mitraillent Comme un héros en guise d'introduction et dédient Papa à Stalingrad "avec qui nous étions dans les tranchées en 42". Leur show précis, énergique et bodybuildé déclenche un pogo général qui n'expirera qu'à l'ultime larsen. What a night ! Sixteen again !
Je suis entré dans la mêlée, ai pris des gnons, balancé quelques gaziers, puis remonté aux loges casser la graine avec Tuborg et les Têtes d'Ouf. Bières, Vodka, rires, tout s'accélère, la nuit corrézienne s'emballe. Parabellum nous rejoint, Lemmy et Jean-Marc se marrent et les Lendemains invitent au dernier pot. On rencontre Alain Feydri, nouveau protégé de Julie Prod pour son bouquin Les Kinks une histoire anglaise, qui avoue préparer une prochaine bio des Cramps.
Un Charlie impérial nous ramène au motel. Dodo lourd et comateux.
Le lendemain, petit dej rapide avec des Parabellum qui regagnent Paname dans un van rutilant et se demandent si le nôtre est bien pourvu de sièges. Retour sans encombres vers Montpellier, une nouvelle expérience humaine dans les flight cases.
Standing ovation pour l'équipe des Lendemains qui Chantent, exceptionnelle en tous points. Jean-Claude jubile, estimant sa sortie très réussie.
Le soir même, à peine le pied reposé sur le sol du Clapas, rush au Rockstore pour le concert des Adicts.
Chose inimaginable dix ans plus tôt.
Vieillir est un vertige…

 

FEVRIER 2008

Narbonne (L'Art Bar), Samedi 02 Février 2008

Départ classique de la caravane Stalingrad pour la première prestation de l'année : Tuborg est ronchon, Lemmy fatigué, Jean Marc d'humeur égale. Surprise de taille, je suis décontracté, tant il est vrai que depuis la cessation d'activité de Jean Claude, des préoccupations d'ordre logistique m'obligent à relativiser. Première sortie sous l'égide Kill Prod donc, et la perspective de regagner l'estaminet audois ragaillardit. On se souvient des quelques kids cannibales qui avaient l'an passé mis notre set sur orbite et, à mesure que tombent nuit et baromètre, monte l'envie de chauffer au rouge cette minuscule oasis binaire.

Nous officions en terrain connu, programmés et sonorisés par l'infatigable Olivier qui fête ce soir son anniversaire. Depuis son comptoir, Christelle transmet un message au groupe : " Julie vous souhaite un bon concert ". Mais, s'étonne t'elle, la voix semblait masculine.
Sourires entendus. Jean Claude n'a rien perdu de sa proverbiale courtoisie.
Si l'attention est délicate, le sound check l'est beaucoup moins.
On balance brutalement nos derniers nés " Royal au bar " et " Personne comme toi " que l'on compte tester ce soir. Tuborg se voit gratifié d'un micro unidirectionnel d'esthétique fifties, clin d'œil à Elvis et Rotten, derrière lequel il semble circonspect. Lemmy se prépare au combat, le Marshall solidement calé contre le mur d'entrée.
Dehors, les gosses arrivent.
Adrien et John, les deux enragés rencontrés l'an passé sont revenus, et avec eux toute une raya de jeunes punks et punkettes armés de packs qu'ils consomment sur le boulevard. Vu de l'extérieur, cette armada bigarrée contraste avec l'atmosphère lénifiante de la périphérie.
Attirés par les décibels, ils pénètrent dans le lieu, rapidement tancés par les tenanciers qui exigent d'eux une conso minimum.

Il est 22 heures. Nous voulons en découdre.
Le troquet n'est jamais bondé car la nouvelle loi anti tabagique garnit constamment le trottoir. Cela laisse quelques précieuses bouffées d'oxygène.
Une vingtaine de minutes plus tard, nous attaquons, comprenant qu'il n'y aura pas de round d'observation. Le pogo se déclenche sur " Cadavre ", mêlée tournante, maelstrom emportant les retours posés au sol, propulsant les micros dans les dents des musiciens qui n'en demandent pas tant. C'est tout simplement fabuleux. Ces gamins connaissent nos chansons et s'emparent des refrains. Je leur laisse le maximum de place, jouant dos collé au baffle. " Surtout pas s'en mêler " est ponctué par des " Oï, Oï, Oï " sarcastiques de Tuborg qui voit un gazier trébucher sur son retour et s'affaler dans ses jambes.
L'énergie est communicative. Nous nous nourrissons mutuellement.
D'autres personnes participent à la soule. Le jeu est physique, mais sans agressivité. C'est un véritable bonheur que de se connecter à ces batteries juvéniles. " Royal au bar " sera le climax. La grappe humaine gesticulante rebondit contre les murs du petit local, s'enfonce en partie dans le couloir des toilettes, manquant happer Lemmy au passage. Ce dernier tente de préserver l'intégrité de sa guitare et se réaccorde systématiquement entre chaque série de chansons.
Baisse de régime. Conséquence de la législation. Les belligérants sortent récupérer en grillant la cigarette honnie et vont essorer les packs stratégiquement planqués. C'est donc face aux plus âgés que nous poursuivons notre set, préparant la cavalcade finale.
En effet, les teenagers outlaws reprennent possession du territoire dès l'intro de " 45 degrés de haine " et n'en démordront plus.

Sans le savoir, nous avons savouré notre dernier rodéo électrique à l'Art Bar.
Le troquet fermera hélas ses portes en Mars, Christelle et son comparse s'expatriant vers des cieux campagnards. Adrien, John, et leur bande rebelle continueront à arpenter la nuit en quête d'un nouveau refuge pourvoyeur de fantasmes soniques. Les vieux punks de Stalingrad rayeront l'endroit de leur carnet d'adresses et chercheront d'autres hôtes. Comme disait Joe Strummer " Sur la route du rock'n roll/ Il y a beaucoup de casse dans le ravin ".
Mais bordel, dussé je le répéter jusqu'à mon Alzheimer, nous sommes de foutus veinards. Ces gamins offrent un caviar remontant à notre propre post adolescence. Une saveur oubliée durant deux décennies froides, dont le come back emporte le palais en suscitant l'orgasme des papilles gustatives. Pour tout ça les gosses, on peut se fendre d'une chanson…


Samedi 23 Février 2008

Thierry Tuborg quitte Stalingrad. Thierry Saltet prend le lead vocal et Jean-Marc Aunay les choeurs...

 

 

Retour accueil :